16/01/2017 10:37 GMT+7 Email Print Like 0

Le culte des Déesses Mères

Le 1er décembre 2016, la pratique traditionnelle du Vietnam «Tho Mâu Tam Phu» (culte des Déesses Mères) a été reconnue par l'UNESCO Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. C'est une croyance purement vietnamienne d’adoration des divinités féminines, les mères de la nature, à travers l'image de «Thanh Mâu», une divinité suprême ayant le pouvoir de créer, de gérer et d'assister les gens de ce bas-monde.
Le Temple Phu Dây, haut lieu du culte des Déesses Mères

Un dicton vietnamien dit « Thang Tam giô Cha, thang Ba giô Me » (« l'anniversaire de la mort du Père tombe le 8e  mois lunaire et celui de la Mère le 3e mois lunaire »), montrant de la gratitude respectivement à «Duc Thanh Trân» et «Thanh Mâu Liêu Hanh», conformément à l’adage vietnamien millénaire «Uông nuoc nho nguôn» (Lorsqu'on boit de l'eau, on pense à la source).

Selon de nombreux chercheurs, dans le patrimoine du culte des Déesses Mères, pratiqué par le groupe ethnique Viêt, la Sainte-Mère Liêu Hanh a été désignée comme «Mâu nghi thiên ha» (« la mère du monde »), une nymphe qui est descendue sur Terre, a vécu comme un humain et est devenue l'un des quatre Immortels du peuple Viêt. Elle est «Mâu Thuong Thiên», la première Déesse Mère ayant le pouvoir de gérer le firmament et de maîtriser des forces surnaturelles telles que nuages, pluie, vent, tempêtes, tonnerre et foudre...

Au Vietnam, la religion des Déesses Mères en général, et le culte des Déesses Mères en particulier, apparaissent dans de nombreuses localités. Mais Nam Dinh est considérée comme le cœur, avec quelque 400 lieux de culte, le plus connu étant  Phu Dây.

Le Temple Phu Dây se trouve dans la commune de Kim Thai, district de Vu Ban, province de Nam Dinh. Ce complexe architectural bien connu est lié à la croyance «Tho Mâu Tam Phu». Parmi les 21 bâtiments du complexe, trois sont étroitement liés à la Sainte-Mère Liêu Hanh : temple Tiên Huong (le principal), temple Vân Cat et sanctuaire de la Princesse Liêu.


Le Temple Phu Dây adore la Déesse Mère Liêu Hanh, également connue sous le nom de
Mâu Thuong Thiên, classée au premier rang dans le culte des Déesses Mères. 



Procession de la Sainte-Mère qui a lieu chaque année au Temple Phu Dây, Nam Dinh.


Nguyêt Du Cung, à l'intérieur du Temple Phu Dây. On croit que la Déesse Mère Liêu Hanh
vient là les nuits de pleine lune pour danser et chanter. 

Les pratiques de base du culte des Déesses Mères comprennent rituels d'adoration, transe, chants, rites et festivals. Le festival de Phu Dây, à Nam Dinh,  a lieu le 3e  mois lunaire, à l'occasion de l’anniversaire de la mort de la Sainte-Mère Liêu Hanh.
En 1975, Phu Dây a été reconnu patrimoine culturel et historique national par le ministère de la Culture et de l'Information (maintenant ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme). En 2012, le ministère a reconnu patrimoine culturel national le rituel «Châu van - Hâu dông» à Nam Dinh et Hà Nam, un rituel typique à base de chants et danses de la croyance «Tho Mâu Tam Phu».

Le festival de Phu Dây est organisé chaque année le 3e  mois lunaire, en l'honneur de la Sainte-Mère Liêu Hanh, la divinité principale dans le Culte des Déesses Mères. La Sainte-Mère Liêu Hanh est vénérée dans diverses localités, mais le festival Phu Dây est le plus grand et le plus original. Il dure plusieurs jours avec des activités diversifiées, chants et transes étant les plus importantes.

Selon  les spécialistes, ce festival important montre que Phu Dây est le centre de l'héritage du culte des Déesses Mères.

 
Un culte en adéquation avec la société moderne

Selon le professeur Ngô Duc Thinh, directeur du Centre de recherche et de conservation des croyances du Vietnam, le culte des Viêt «Mâu Tam Phu» s’est formé et développé sur le terreau de la croyance en les divinités féminines, où la nature est considérée comme une mère, une divinité suprême ayant le pouvoir de créer, de gérer et d'aider les humains, de leur apporter une bonne santé et des dons dans la vie terrestre.

Au cours de son développement, cette croyance a intégré avec souplesse des éléments de différentes religions comme taoïsme et bouddhisme. Depuis le 16e siècle,   elle est devenue une activité culturelle dont l’impact dans la vie sociale du peuple Viêt est profond.

Les trois temples dans le culte des Déesses Mères correspondent à trois régions différentes de l'univers, à savoir «Thiên phu» (Région du Ciel), «Nhac phu» (Forêt et région montagneuse) et «Thoai phu» (Rivières et des eaux). Chaque temple est dirigé par une Sainte-Mère, dont «Mâu Thuong Thiên» (« première Mère ») qui gère le firmament et maîtrise les pouvoirs surnaturels tels que nuages et pluie, vent et tempêtes, tonnerre et foudre; «Mâu Thuong Ngàn» (« deuxième Mère »), qui s'occupe de la forêt et de la montagne, principal habitat des diverses minorités ethniques, et «Mâu Thoai» (« troisième Mère »), qui prend soin des rivières et des eaux, pour la riziculture et la pêche.

Dans le temple des adorateurs des Déesses Mères, la Sainte-Mère Liêu Hanh est toujours identique à «Mâu Thuong Thiên», assise au milieu dans une robe rouge avec «Mâu Thoai» à gauche dans une robe blanche et «Mâu Thuong Ngàn» à droite dans une robe verte.

 

Autel pour la Déesse Mère. 


Rites d'adoration des esprits errants et des saints dans le culte des Déesses Mères. 


Certaines offrandes dans le culte des Déesses Mères. 




Les chamans exécutent souvent des rites d'adoration des esprits errants et des saints avant le rituel «Hâu dông». 

Les trois temples dans le culte des Déesses Mères correspondent à trois régions différentes de l'univers, à savoir «Thiên phu» (Région du Ciel), «Nhac phu» (Forêt et région montagneuse) et «Thoai phu» (Rivières et des eaux). Chaque temple est dirigé par une Sainte-Mère, dont «Mâu Thuong Thiên» (« première Mère ») qui gère le firmament et maîtrise les pouvoirs surnaturels tels que nuages et pluie, vent et tempêtes, tonnerre et foudre; «Mâu Thuong Ngàn» (« deuxième Mère »), qui s'occupe de la forêt et de la montagne, principal habitat des diverses minorités ethniques, et «Mâu Thoai» (« troisième Mère »), qui prend soin des rivières et des eaux, pour la riziculture et la pêche.
A part les trois déesses suprêmes que sont «Mâu Thuong Thiên», «Mâu Thuong Ngàn» et «Mâu Thoai», la religion des Déesses Mères fait aussi un culte à une cinquantaine de divinités, dont des personnages historiques, des héros nationaux divinisés par le peuple comme Trân Hung Dao et Pham Ngu Lao, ainsi que des divinités des divers groupes ethniques.
Le culte des Déesses Mères démontre clairement la tradition nationale de «Uông nuoc nho nguôn» susmentionnée, le patriotisme spiritualisé, le sens des échanges culturels et les relations étroites et égales entre groupes ethniques.

Le culte des Déesses Mères diffère des autres religions et croyances en ce qu'il guide les humains dans le monde actuel, avec leurs aspirations de santé, de bonheur et de prospérité, alors que les autres religions les préparent pour le salut de leur âme après la mort. C'est une vision positive et pragmatique de la vie, adaptée au monde moderne.


«Hâu dông», un rituel chamanique mystérieux

La pratique du culte des Déesses Mères se caractérise par un rituel très spécial : le «Châu van» (chant) ou «hâu dông» (transe), profondément imprégné de la culture spirituelle occulte. Via ce rituel, les humains entre en contact avec des divinités en vue d'exprimer leurs désirs et leurs aspirations.

Selon les chercheurs, le «hâu dông» est une forme de chant folklorique et de danse basée sur la combinaison entre le chant «châu van», un genre de musique spirituelle avec des paroles inspirées de mélodies entraînantes, et des danses souples.

Les chamans pratiquent les rituels de possession. Ils possèdent des capacités spéciales et agissent comme intercesseurs entre les humains et les esprits. Les chamans sont les figures centrales du rituel «hâu dông». Ils s’habillent toujours avec des tuniques  fantaisistes et chatoyantes. Les «cung van» (instrumentistes) jouent et chantent pour aider le chaman à entrer en transe.
 

Une chamane interprète la scène « Châu luc » au temple Nguyêt Du Cung dans la province de Nam Dinh. 


Une scène de «Châu bà thuong ngàn».


Le regard et le sourire  du chaman lors de l'exécution de la scène « Chùa bà dê nhât Tây Thiên ». 


Lors de l'exécution du rituel « Hâu Dông », le chaman a besoin de deux ou quatre assistants
pour offrir de l'encens et changer de costumes. 



Maquillage pour la scène  «Cô thuong ngàn». 




En fonction de chaque scène du rituel « Hâu dông », le médium porte un costume approprié
qui montre le caractère de chaque saint. 


Le culte des Déesses Mères des Viêt s’est formé et développé sur le terreau de la croyance en les divinités féminines, où la nature est considérée comme une mère, une divinité suprême ayant le pouvoir de créer, de gérer et d'aider les humains, de leur apporter une bonne santé et d’autres dons dans la vie terrestre.

Dans chaque rituel «hâu dông», il y a deux ou quatre «hâu dâng» (auxiliaires d'offrande) ou «tu tru» (quatre piliers), qui ont pour tâche d'assister les chamans, par exemple  en les aidant dans le changement des costumes.


Le rituel «hâu dông» comporte 36 actes appelés «gia dông», chacun parlant d'une divinité. Lors d’une séance d’«hâu dông», les chamans ne réalisent jamais tous les 36 «gia dông», mais seulement un certain nombre. A chaque «gia dông» correspond des costumes particuliers, des danses différentes telles que danses de projection d'eau, danses d’offrande de cadeaux, danses aux lanternes, danses aux éventails, danses avec des épées...

 

Le chaman dans la scène «Ông Hoàng Bay». 


Une scène de «Châu bà Dông Cuông». 


Une scène de «Châu Cô». 


Une scène de «Ông Hoàng Muoi». 


Les musiciens jouent un rôle important car ils aident le médium à entrer en transe. 


Les chants et les mélodies fascinent le public. 

Le culte des Déesses Mères diffère des autres religions et croyances en ce qu'il guide les humains dans le monde actuel, avec leurs aspirations de santé, de bonheur et de prospérité, alors que les autres religions les préparent pour le salut de leur âme après la mort. C'est une vision positive et pragmatique de la vie, adaptée au monde moderne.
On peut dire que le rituel «hâu dông» constitue un trésor folklorique. Il crée non seulement un espace spirituel mais aussi démontre la force  et la beauté du peuple Viêt dans un monde culturel multicolore et polyethnique.

Le 1er décembre 2016, lors de la 11e session du Comité intergouvernemental sur la protection des patrimoines culturels immatériels tenu à Addis-Abeba (Ethiopie), le culte des Déesses Mères a été officiellement reconnu Patrimoine culturel immatériel de l'Humanité par l'UNESCO. Il s'agit du 11e patrimoine culturel immatériel du Vietnam reconnu ainsi par l'UNESCO./.



Une délégation d'ambassadeurs au Vietnam assiste à la représentation de «Hat van-Hâu dông»
au Temple Phu Dây, dans la province de Nam Dinh. 



Représentation du rituel «Hat van-Hâu dông» du culte des Déesses Mères. 

Texte: Thanh Hòa - Photos: Trinh Van Bô