23/10/2020 09:09 GMT+7 Email Print Like 0

La sculpture sur bois au Tay Nguyen, un art séculaire menacé

Les Hauts plateaux du Centre ou  Tây Nguyên sont non seulement connus pour leur riche culture folklorique, mais ils abritent également un trésor millénaire, celui  des statues en bois. L’art de la sculpture sur bois a intéressé les folkloristes car il montre de manière vivante la culture des gongs et des épopées de cette région et la riche vie spirituelle de ses groupes ethniques.
La directive « Préservation des valeurs culturelles pour développer l'économie et le tourisme » est déployée par les provinces de Dak Lak, Gia Lai, KonTum. Les statues des maisons funéraires du Tay Nguyen ne se trouvent non seulement dans celles-ci mais  font leur apparition dans les musées, les lieux publics et les sites touristiques.s. 
Les provinces de Dak Lak, Gia Lai et KonTum ont adopté une politique de «conservation des valeurs culturelles pour le tourisme et le développement économique». Les sculptures en bois ne sont plus réservées aux tombes sacrées   mais apparaissent également dans les lieux publics et les sites touristiques.

Pour les groupes ethniques des Hauts plateaux du Centre, dont les Ba Na, Gia Rai, E De et Co Tu, la cérémonie de bo ma (abandon de  la tombe) est le rite le plus grand, le plus joyeux, qui montre le plus nettement  la culture et le sens communautaire des habitants des Hauts plateaux du Centre.

Cérémonie de l'abandon de la tombe (Lễ Bỏ Mả)

Quelques groupes ethniques des Hauts Plateaux du Centre que sont les Êdê, Gia Rai, Ba Na ne pratiquent pas le culte de leurs ancêtres et des défunts. Trois ans, cinq ans ou sept ans après l'enterrement du mort, on organise une cérémonie appelée “cérémonie d'abandon de la tombe” destinée à reconduire le mort dans l’autre monde. C’est la plus importante cérémonie réservée au défunt organisée par sa famille, ses proches avec la participation de toute la communauté. On prépare du riz, de la viande pour la cérémonie qui est organisée pendant deux à cinq jours au cimetière, autour de la maison funéraire.

 

Installation du toit d’une maison funéraire des Ba Na, village de Pơ Yang, bourg de KôngChro, province de Gia Lai (Photo prise en 2009).
 



Les artistes du TâyNguyên taillent une statue de la maison funéraire 


Visage d’un homme de l’ethnie minoritaire de Gia Rai, village Cham, district d’IaGrai, province de Gia Lai. (photo prise en 1986). 


Statue d’une femme de l’ethnie Ba Ba, village de Đak Gia, commune  d’Ya Hội, province de Dak Po, province de Gia Lai. (photo prise en 1986)


La maison funéraire des Ba Na au village Bong, commune de Lơ Ku, district de KBang,province de Gia Lai. (photo prise en 2015)


Statue d’une femme de l’ethnie Ba Ba, village de Đak Gia, commune  d’Ya Hội, province de Dak Po, province de Gia Lai. (photo prise en 2013)


Statue d’une femme de l’ethnie Ba Ba, village de Bong, commune  de   Lo Ku, district de KBang, province de Gia Lai. (photo prise en 2004


Une scène de chasse des Ba Na, village de Brul, commune  de  Cho Long, district de Kong Chro, province de Gia Lai. (photo prise en 1990)


Un homme de l'ethnie Ba Na, village de ĐêNgheKteh, bourg de KôngChro, province de Gia Lai  pile du riz. (photo prise en 1996). 


Statues représentant   un couple,   implantées  devant une maison funéraire des Gia Rai, au village de Kepping, commune d’ IaMnông, province de Gia Lai en 2014


La statue représentant un homme des Gia Rai, village de Phum, commune d’ IaRsiom, district de Krông Pa, province de Gia Lai jouant du football.  Photo prise en 1986

Une maison funéraire des Gia Rai, située au village de Kepping, commune d’ IaMnông, district de Chư Pah, province de Gia Lai en 2006

C'est la dernière et la plus importante cérémonie des rites funéraires. Elle est destinée à reconduire le mort dans l'au-delà, le monde invisible, celui des ancêtres. Après la cérémonie, les liens entre les vivants et le mort sont coupées. Les festivités expriment le grand esprit communautaire qui prévaut au sein de ces groupes ethniques minoritaires.
« Je tiens à suivre la façon dont évolue l’art de la sculpture sur bois au Tây Nguyen, et à servir de pont  entre le passé et l’avenir ».
 
Artiste photographe Tran Phong

La cérémonie de l'abandon de la tombe est destinée à dire adieu au mort avant son arrivée au « pays des fantômes », demeure éternelle de son âme, et à libérer celle-ci pour qu’il puisse continuer une nouvelle vie. Les vivants finissent leurs devoirs envers le mort et   sont désormais libres de se remarier s'ils le souhaitent.

La cérémonie de l’abandon de la tombe est attachée au cycle agricole. Elle se déroule à la période de   transition entre deux cycles de production. Elle est également l'occasion de remercier les génies et de les prier d’accorder de bonnes récoltes.

Bien que cette cérémonie s’attache aux rites funéraires, elle porte la nuance d’une fête. Elle se compose de trois phases: destruction de l’ancienne maison funéraire pour la construction d’une autre plus grande; conduite de l’âme au monde des ancêtres et, enfin, festin de remerciement.

Clôturer   la maison funéraire  ne sert pas seulement à empêcher l'entrée des animaux sauvages, mais crée également des valeurs esthétiques pour la tombe.  Sur la clôture, on sculpte des statues en bois méditatives mais vivantes, imprégnées de la philosophie des ethnies des Hauts Plateaux du centre. C'est également là que sont façonnées des sculptures folkloriques uniques.

En visitant ces tombes, on semble se perdre dans un labyrinthe de statues en bois aux formes et expressions diverses. Elles ont toutes une chose en commun: l'image de la fertilité et de la reproduction. Sur les deux côtés d'une tombe trônent généralement une paire de statues représentant un couple qui montre ses organes sexuels ou fait l'amour.  Côtoie cette paire de statues celle  d'une femme enceinte tandis qu'aux quatre coins de la clôture se trouvent  des statues de  nouveau-nés.

L'artiste photographe Tran  Phong aime les statues des maisons funéraires du Tây Nguyên, qui montrent presque tous les aspects de la vie. Elles dépeignent de façon vivante la vie des morts   dans l'autre monde. Les images d'un homme frappant un tambour, d'une femme battant du riz, d'un homme jouant au football, d'une fille allant chercher de l'eau, d'un forgeron, d'un éléphant ou d'un oiseau reflètent le style réaliste des sculptures funéraires. 

« Ayant passé plus de 30 ans à photographier les sculptures en bois dans les Hauts plateaux du Centre, je regrette de voir qu'il est de plus en plus difficile d'admirer  des statues en bois artistiques, qui étaient populaires dans le passé,  a partagé le photographe.  Les tombes en ciment aux toits de tôle ondulée remplacent celles en bois. Les artisans âgés sont décédés sans que personne ne reprenne le flambeau, menaçant de  disparition l'art des sculptures en bois ».

Heureusement, lorsque l'art de la sculpture en bois des Hauts Plateaux du Centre commençait à disparaître, le Parti a publié une résolution, en juillet 1998, pour construire «une culture avancée profondément imprégnée de l'identité nationale», jetant  une bouée de sauvetage opportune à cet art.



Une maison funéraire des Ba Na, située au village de Pơ Yang, bourg de KôngChro, province de Gia Lai en 2015


Cérémonnie de bo ma des Ba Na, commune de Lơ Ku, district de KBang,  province de Gia Lai en 2007


Cérémonnie de bo ma des Gia Rai, village de Kepping, commune d’ IaMnông, district de ChưPah, province de Gia Lai en 2004


Boire du ruou can (vin de riz fermenté qui se boit dans un pot au moyen  de tiges de bambou) lors d'une cérémonie bo ma des Gia Rai dans le village de Chep, commune Ayun, district Chu Se, province Gia Lai en 2011.

« Au cours de la dernière décennie, j'ai été heureux de voir des expositions de sculpture de statues en bois dans les grands festivals des Hauts plateaux du Centre tels que les festivals du café et  des gongs dans des provinces telles que Dak Lak, Gia Lai et KonTum », a confié Tran Phong.

De  rares artisans Ba Na, E De et Gia Rai ont également été invités à Hanoi pour montrer leur art au village culturel des groupes ethniques vietnamiens et au musée d'ethnologie. Dans ces lieux, des sculptures en bois des Hauts plateaux ont été restaurées et présentées au public.

 
Le livre «Sculptures en bois des Hauts plateaux du Centre», rédigé  par Tran Phong, réunit  des images de rites des Hauts plateaux du Centre, dont beaucoup ont malheureusement disparu.
 
Texte et photos : Trân Phong