Le 14e Congrès intervient à un moment charnière pour le Vietnam, à la fois sur les plans interne et international. Il s’inscrit au terme d’une séquence politique très structurée, au cours de laquelle le Vietnam a engagé une accélération des réformes économiques et administratives, selon l’ambassadeur de France, Olivier Brochet.
L’ambassadeur de France, Olivier Brochet, analyse les enjeux du Congrès quinquennal du Parti communiste du Vietnam (PCV), ainsi que les perspectives de coopération entre les deux pays vers 2045, dans un entretien avec la presse.
Le 14e Congrès du PCV est attendu comme un moment clé. En quoi est-il important pour le développement à long terme du Vietnam, dans le contexte actuel de profondes mutations ?
Le 14e Congrès intervient à un moment charnière pour le Vietnam, à la fois sur les plans interne et international. Il s’inscrit au terme d’une séquence politique très structurée, au cours de laquelle le Vietnam a engagé une accélération des réformes économiques et administratives. Plusieurs textes structurants ont été adoptés par l’Assemblée nationale en 2025, notamment en matière d’investissement, de gouvernance économique et d’action publique. Ces réformes sont suivies de très près par les investisseurs internationaux, y compris français et européens.
Le 14e Congrès se déroule également dans un environnement international marqué par une brutalisation des relations internationales, le retour assumé des rapports de force, une fragmentation croissante et des incertitudes fortes et durables sur l’avenir, y compris à court terme. Dans ce contexte, la France et le Vietnam partagent un attachement commun à des principes essentiels : la confiance et le respect des partenaires, la défense des souverainetés, ainsi que la préservation du multilatéralisme afin de rechercher des solutions collectives aux défis vitaux du monde. Ces principes apportent prévisibilité et stabilité, et sont indispensables au développement à long terme.
En tant que partenaire stratégique global, la France entend accompagner le Vietnam dans ses efforts avec une approche très concrète, comme elle le fait depuis quarante ans : appui aux réformes, financement de projets structurants et partenariats de long terme dans les secteurs clés de l’économie vietnamienne.
Quel impact les orientations du Congrès peuvent-elles avoir sur la capacité du Vietnam à se projeter dans la région et sur la scène internationale ?
Le Vietnam s’est fixé des objectifs clairs à l’horizon 2030 et 2045, articulant développement économique et social, transition verte et économie numérique. Cette trajectoire fait évoluer son rôle régional et international, qu’il entend assumer pleinement au service de la stabilité.
La France accompagne cette projection internationale du Vietnam, d’abord à travers des coopérations concrètes sur les enjeux globaux. Sur le climat, par exemple, la France soutient les engagements du Vietnam dans le cadre du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), avec une contribution française de 500 millions d’euros via l’Agence française de développement (AFD), déjà traduite par des projets concrets portant sur le réseau électrique et les infrastructures énergétiques.
Dans les transports et les infrastructures, la France souhaite travailler avec le Vietnam sur des projets d’envergure, qu’il s’agisse du ferroviaire, de la connectivité urbaine ou de l’aviation civile. Ces projets structurants, indispensables au développement, contribuent directement à l’intégration régionale du Vietnam et à son attractivité.
Enfin, le Vietnam s’affirme de plus en plus comme un acteur engagé en faveur de la paix et de la stabilité internationales. Avec l’Union européenne (UE), nous soutenons par exemple le Département des opérations de maintien de la paix. Nous avons également salué l’organisation par le Vietnam de la cérémonie de signature de la Convention des Nations unies sur la cybercriminalité, qui témoigne de sa capacité à jouer un rôle normatif sur la scène internationale. Nous coopérons par ailleurs avec la présidence vietnamienne de la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
Cet engagement se traduit aussi par la participation du Vietnam aux grandes coalitions multilatérales sur les biens publics mondiaux. Le Vietnam apporte son plein soutien au Pacte de Paris pour les peuples et la planète et s’est engagé sur la gouvernance des océans en ratifiant l’accord sur la haute mer, dont l’entrée en vigueur est prévue le 17 janvier 2026.
Comment la France perçoit-elle la gouvernance du Vietnam à la lumière de ses succès socio-économiques récents, et quelle appréciation formulez-vous du bilan de 40 ans de Dôi moi ?
Le regard de la France s’inscrit dans le temps long. En quarante ans, depuis le lancement du Dôi moi en 1986, le Vietnam a profondément transformé son économie, réduit massivement la pauvreté, modernisé ses infrastructures et diversifié ses partenariats internationaux. La France accompagne le développement du Vietnam depuis sa réunification, en investissant très tôt dans des coopérations culturelles, scientifiques et techniques.
Dès 1977, la visite du Premier ministre Pham Van Dông en France et la signature d’un accord dans ces domaines ont marqué une étape fondatrice.
Dans les décennies suivantes, la France a soutenu de manière constante l’ancrage du Vietnam dans les cadres européens et internationaux. On peut rappeler, par exemple, le soutien apporté par la France pour l’organisation à Hanoï du sommet de la Francophonie en 1997. Cet engagement a contribué à la structuration du partenariat entre l’Union européenne et le Vietnam dès 1995, à travers un accord-cadre de coopération que la France avait fortement soutenu.
Aujourd’hui, les résultats sont visibles : le Vietnam est une économie dynamique, intégrée aux chaînes de valeur mondiales et un partenaire central au sein de l’ASEAN. La France continue d’accompagner cette trajectoire par des coopérations économiques, universitaires, scientifiques et institutionnelles.
Quelles sont les attentes prioritaires des entreprises françaises en matière d’orientations juridiques et économiques qui seront définies lors du 14e Congrès ?
Les entreprises françaises attendent avant tout de la lisibilité et de la prévisibilité. Elles ont besoin d’un cadre clair sur les procédures, la fiscalité, les autorisations et le financement.
La confiance est réelle. Selon les travaux de l’EuroCham, plus de 70% des entreprises européennes au Vietnam se déclarent confiantes dans les perspectives économiques du pays, et une majorité prévoit d’y maintenir ou d’y accroître ses investissements.
La France travaille avec le Vietnam et ses partenaires européens pour que les réformes administratives se traduisent par des délais plus courts, plus de transparence et une meilleure capacité d’exécution, ce qui a un impact direct sur l’investissement et l’emploi./.
CVN/Revue Vietnam Illustré



