Dans sa quête d’une croissance économique à deux chiffres sur plusieurs années consécutives, le Vietnam entend désormais concilier performance économique et développement durable. Les exigences liées à la qualité de la croissance, à la transition écologique et au respect des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) occupent une place croissante dans les politiques publiques comme dans les stratégies des entreprises.
Selon le Dr Lê Duy Binh, directeur d’Economica Vietnam, le développement ne peut plus être mesuré uniquement à l’aune du rythme de croissance. Les critères ESG s’imposent progressivement comme un pilier du modèle de développement des entreprises et de l’économie nationale. Dans cette dynamique, l’État est appelé à jouer un rôle moteur.
Avec un volume d’investissements publics prévu à environ 8.220 billions de dôngs pour la période 2026-2030, auquel s’ajoutent près de 10.060 billions de dôngs de dépenses courantes, le gouvernement dispose d’un puissant levier pour orienter les comportements économiques. Par le biais des marchés publics, de l’allocation des capitaux et de la sélection des projets, les autorités peuvent encourager les entreprises à adopter des pratiques plus responsables et plus respectueuses de l’environnement.
La consommation verte s’affirme également comme un nouveau moteur de croissance. En 2025, le marché vietnamien de la vente au détail a atteint environ 7.000 billions de dôngs, soit près de 269 milliards de dollars. Une large majorité des consommateurs vietnamiens – près de 84 % – se déclarent prêts à payer davantage pour des produits écologiques, propres et conformes aux engagements ESG.
Parallèlement, les exigences internationales en matière d’émissions de carbone, de traçabilité des produits, de protection de l’environnement et de normes sociales deviennent des critères incontournables pour accéder aux marchés mondiaux. Les entreprises vietnamiennes sont ainsi contraintes d’adapter leurs modèles de production afin de préserver leur position dans les chaînes d’approvisionnement internationales.
Pour répondre à ces nouveaux impératifs, les besoins en capitaux sont considérables. Le vice-gouverneur de la Banque d’État du Vietnam, Nguyên Ngoc Canh, a souligné que l’institution avait déployé, ces dernières années, un ensemble de mesures destinées à promouvoir la finance verte. Celles-ci comprennent notamment l’élaboration de cadres d’orientation pour le développement des banques vertes, l’encadrement du crédit vert, l’intégration des risques environnementaux et sociaux dans les processus d’évaluation ainsi que la mise en œuvre de mécanismes préférentiels en faveur de l’agriculture biologique, de l’économie circulaire et des projets durables.
Par ailleurs, la Banque d’État soumet actuellement au gouvernement un projet de décret prévoyant une bonification d’intérêt de 2 % financée par le budget de l’État. Cette mesure serait destinée aux entreprises privées, aux ménages et aux entrepreneurs individuels contractant des prêts bancaires pour financer des projets verts, des initiatives d’économie circulaire ou l’application des normes ESG.
Les résultats enregistrés témoignent de la montée en puissance du financement vert. À la fin du premier trimestre 2026, 82 établissements de crédit avaient accordé des prêts verts, pour un encours total estimé à 828.000 milliards de dôngs. Entre 2017 et 2025, ce segment a affiché une croissance annuelle moyenne supérieure à 20 %. Les encours soumis à une évaluation des risques environnementaux et sociaux ont dépassé 5,7 millions de milliards de dôngs, soit environ 25 fois le niveau observé fin 2017, représentant plus de 30 % de l’encours total de crédit de l’économie.
Les banques commerciales renforcent également leur engagement. Vietcombank a multiplié par plus de quatre son portefeuille de crédits verts entre 2020 et 2025, devenant l’un des principaux acteurs du marché. L’établissement prévoit de continuer à privilégier les infrastructures stratégiques, les projets de transport intelligent ainsi que les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire.
De son côté, Agribank déploie un programme de crédit vert de 3.000 milliards de dôngs assorti de taux préférentiels à partir de 5,8 % par an, destiné notamment aux installations solaires en toiture, aux véhicules électriques et aux projets forestiers durables. La banque met également en œuvre une enveloppe de 50.000 milliards de dôngs en faveur de l’agriculture propre et de haute technologie.
Les experts soulignent toutefois que plusieurs défis demeurent. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour harmoniser les critères permettant d’identifier les projets relevant de l’économie circulaire ou répondant aux normes ESG. En outre, les marchés des obligations vertes et du carbone restent à un stade de développement relativement précoce. Les capacités des entreprises et des institutions financières en matière de finance durable doivent également être renforcées.
En facilitant l’accès aux financements verts, le Vietnam entend accélérer la transformation de son appareil productif, renforcer la compétitivité de ses entreprises et poser les fondations d’une croissance plus qualitative, inclusive et résiliente pour les années à venir.-VNA/VI





