Dans la nouvelle phase de développement, l’enjeu n’est plus seulement d’accélérer la numérisation, mais de faire de la technologie, des données et de l’intelligence artificielle (IA) des facteurs de productivité, de création de valeur ajoutée et de compétitivité pour les entreprises.
Une transformation du modèle économique
La Résolution n° 57-NQ/TW du 22 décembre 2024 du Bureau politique sur la percée dans le développement des sciences et technologies, de l’innovation et de la transformation numérique nationale fixe l’objectif de porter, d’ici 2030, la part de l’économie numérique à au moins 30 % du PIB.
Pour atteindre cet objectif, le Vietnam doit non seulement compter davantage d’entreprises participant à l’économie numérique, mais surtout constituer un tissu d’entreprises suffisamment compétitives pour maîtriser les technologies, exploiter les données et accéder à des segments à plus forte valeur ajoutée dans les chaînes mondiales de production, d’approvisionnement et de distribution. La transformation numérique doit ainsi être considérée comme une transformation du modèle d'affaires plutôt que comme un simple investissement technologique.
Le professeur et docteur Hoang Van Cuong, vice-président de l’Association vietnamienne des sciences économiques, estime que la contribution de l’économie numérique ne se mesure pas uniquement à son volume de croissance, mais surtout à la valeur réellement créée, conservée dans l’économie et revenant aux entreprises vietnamiennes.
Le secteur du bois en est une illustration. Bien que ses produits soient exportés vers 167 pays et territoires, la majorité des entreprises restent principalement engagées dans la fabrication à façon selon les commandes (OEM), tandis que les segments à plus forte valeur ajoutée résident dans la conception, le développement de produits et la construction de marques (ODM). La transformation numérique constitue donc une condition importante pour permettre aux entreprises du bois de passer de l’OEM à l’ODM et de gagner en autonomie dans la conception et le développement de leurs produits.
La question n’est ainsi plus de savoir quelle technologie acheter, mais à quel problème de croissance de l’entreprise cette technologie peut apporter une solution.
Selon Ho Duc Thang, député, les entreprises doivent passer du choix des outils à l’identification des problèmes à résoudre, du simple stockage à la gestion des données comme actif stratégique, et de la formation aux manipulations techniques au développement des compétences nécessaires pour travailler avec l’IA. La technologie ne prend véritablement son sens que lorsqu’elle permet de réduire les coûts, de raccourcir les délais, d’améliorer la qualité ou d’élargir les marchés.
Renforcer l’autonomie des entreprises
Dans les temps à venir, il sera nécessaire de promouvoir le partage contrôlé des données, de développer des infrastructures communes et de mettre progressivement en place un marché des données afin que celles-ci deviennent une ressource créatrice de valeur.
Pour les PME, le soutien à la transformation numérique doit passer du nombre de logiciels et d’équipements adoptés à des résultats concrets, tels que la réduction des coûts, l’augmentation de la productivité et du chiffre d’affaires, ainsi que l’élargissement des marchés. L’État peut créer un marché initial pour les technologies nationales en passant des commandes, en privilégiant des achats publics fondés sur les résultats et en publiant les problèmes concrets à résoudre afin de permettre aux entreprises technologiques d’y apporter des solutions.
Enfin, aucune politique ne peut se substituer aux efforts d’innovation des entreprises elles-mêmes. Celles-ci doivent investir activement dans les technologies et les ressources humaines, la recherche et développement, renforcer leurs capacités de gestion ainsi que leur aptitude à assimiler les technologies. - VNA/VI





