La vague d’investissements dans les centres de données de grande capacité gagne désormais le Vietnam, faisant émerger un nouveau segment de l’immobilier spécialisé. Cette dynamique s’accompagne toutefois d’exigences croissantes en matière de foncier, d’approvisionnement en électricité, de connectivité et de normes d’exploitation.
Le marché vietnamien des centres de données se trouve à un tournant, avec la multiplication de projets de grande envergure, en cours de réalisation ou à l’étude. Plusieurs d’entre eux sont directement liés au développement de l’intelligence artificielle (IA), du cloud computing et à la demande croissante en matière de traitement de volumes massifs de données.
À Hô Chi Minh-Ville, selon le Département des Sciences et des Technologies, la ville compte actuellement 20 centres de données opérationnels et neuf projets à l’étude. Ces nouveaux projets ne se limitent plus au modèle traditionnel, mais s’orientent vers des complexes de grande taille intégrant l’IA et des plateformes d’infrastructures numériques.
Parmi les initiatives marquantes figure le complexe de centres de données et d’IA SGI-HCM Campus, dans la zone industrielle de Tân Phu Trung, investi par la société Kinh Bac City (KBC) en collaboration avec Accelerated Infrastructure Capital (AIC) et VietinBank. D’un investissement total estimé à 2,1 milliards de dollars, le projet a reçu son certificat d’enregistrement le 21 juillet et devrait démarrer les travaux fin août 2026. Il illustre le passage du marché vietnamien d’une phase d’exploration à celle de la constitution d’actifs numériques de grande envergure.

Parallèlement, un consortium réunissant le groupe G42 des Émirats arabes unis, Microsoft, FPT, Viet Thai et VinaCapital a proposé de construire un supercentre de données dédié à l’IA. D’un investissement prévu de 2 milliards de dollars, ce projet stratégique devrait contribuer au développement de l’économie numérique et renforcer l’attractivité du Vietnam auprès des investisseurs étrangers.
Fin juillet, les autorités municipales et un groupe de travail interministériel ont rencontré les investisseurs concernés pour discuter de l’Accord sur les données de confiance (TDA) et du cadre juridique. D’autres projets majeurs sont également à l’étude au Parc des hautes technologies de Hô Chi Minh-Ville, portés par des alliances telles que BW Industrial Development, Warburg Pincus et Digital Realty, ou encore Sembcorp-BB Holding, NTT Global Data Centers et CMC, pour des investissements compris entre 250 et 850 millions de dollars.
Cette effervescence répond à une demande croissante en infrastructures de traitement et de stockage des données. Selon Savills Vietnam, la capacité du marché national pourrait atteindre 950 MW d’ici 2030, contre environ 524,7 MW installés en 2025. Les revenus du secteur devraient, quant à eux, dépasser 3 milliards de dollars d’ici 2031, avec un taux de croissance annuel composé supérieur à 20 %.
Cette évolution traduit un changement structurel de l’économie numérique, dans lequel les données deviennent une infrastructure essentielle de l’activité économique. John Campbell, directeur des services industriels chez Savills Vietnam, souligne que le pays se trouve au début d’un cycle majeur de développement, porté par une population jeune, une forte adoption des technologies et une numérisation rapide. L’intérêt constant des fournisseurs mondiaux de services cloud au cours des cinq dernières années montre, selon lui, que le marché est prêt à connaître une accélération.
L’évolution du cadre réglementaire constitue également un facteur favorable. Depuis 2025, les investisseurs étrangers peuvent détenir jusqu’à 100 % du capital des entreprises fournissant des services de centres de données, contribuant ainsi à lever un obstacle important à l’entrée des capitaux internationaux.
À l’échelle de l’Asie du Sud-Est, la Malaisie et la Thaïlande demeurent actuellement les principaux marchés régionaux. Le Vietnam commence néanmoins à s’imposer dans les stratégies d’expansion des opérateurs hyperscale. Avec 28 centres de données opérationnels et 13 projets en développement, il renforce progressivement sa position parmi les destinations émergentes de l’infrastructure numérique en Asie du Sud-Est.
Cependant, la compétition ne se limite pas à la disponibilité des terrains. L’électricité constitue un facteur déterminant, car ces infrastructures consomment d’importantes quantités d’énergie et exigent un approvisionnement stable et redondant, avec une part croissante d’énergies renouvelables.
Selon Andrew Green de Cushman & Wakefield, la tendance mondiale s’oriente vers les marchés capables de fournir de l’électricité à grande échelle. Pour le Vietnam, relever les défis liés à l’approvisionnement électrique et à la connectivité internationale, notamment grâce aux câbles sous-marins, sera essentiel pour transformer l’intérêt des investisseurs en investissements concrets.
Enfin, le renforcement des exigences en matière de protection des données personnelles encourage les entreprises à privilégier le stockage et le traitement des données sur le territoire national, stimulant ainsi la demande en infrastructures répondant aux normes internationales.
Ce segment immobilier exige des investissements lourds, des durées de location de 10 à 30 ans et une expertise technique de haut niveau. Ces facteurs pourraient ouvrir la voie à une forte accélération du marché à partir du second semestre de l’année prochaine. -VNA/VI





