Après avoir consolidé sa place parmi les principales destinations des investissements directs étrangers (IDE), le Vietnam entend désormais franchir une nouvelle étape. Au-delà de l'attraction des capitaux, il ambitionne de créer davantage de valeur ajoutée sur son territoire et de mieux tirer parti des retombées des investissements étrangers.
Cette analyse est présentée dans le dernier rapport de HSBC Vietnam, commenté par Richard Barnsley, directeur de la division Banques mondiales de HSBC Vietnam. Selon lui, la Résolution 10-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de l'économie à capitaux étrangers, promulguée le 8 juin 2026, marque un tournant dans la stratégie vietnamienne en matière d'IDE.
Près de quarante ans après le lancement du Renouveau (Doi Moi), le Vietnam a confirmé son attractivité auprès des investisseurs étrangers grâce à sa stabilité politique, à une main-d'œuvre compétitive, à un vaste réseau d'accords de libre-échange et à l'amélioration constante de son environnement des affaires. Aujourd'hui, le secteur des IDE représente environ 75 % des exportations du pays.
Au cours des six premiers mois de 2026, les nouveaux capitaux enregistrés ont atteint près de 17,39 milliards de dollars, en hausse de 87,2 % sur un an, témoignant de la confiance durable des investisseurs internationaux.
Richard Barnsley souligne que la Résolution 10-NQ/TW traduit un changement profond dans l'approche vietnamienne des investissements étrangers. Alors que le succès était jusqu'à présent mesuré principalement par le volume des capitaux ou le nombre de projets, la qualité des IDE sera désormais appréciée à l'aune de critères tels que le transfert de technologies, le développement de la recherche-développement (R&D), la formation d'une main-d'œuvre hautement qualifiée et la capacité des entreprises vietnamiennes à intégrer les chaînes de valeur mondiales.
Le Vietnam s'est fixé des objectifs ambitieux pour la période 2025-2030 : attirer entre 200 et 300 milliards de dollars de nouveaux capitaux enregistrés et décaisser entre 150 et 200 milliards de dollars, dont environ 75 % en provenance des économies développées. Le pays ambitionne également d'intégrer 10.000 entreprises nationales dans les chaînes d'approvisionnement des groupes étrangers et d'attirer au moins trois grands groupes technologiques mondiaux afin qu'ils y établissent leur siège régional ou un centre de recherche-développement.
Selon Richard Barnsley, ces objectifs témoignent d'une évolution majeure de la politique vietnamienne en matière d'IDE. Les investissements étrangers ne sont plus considérés comme une simple source de capitaux, mais comme un levier de modernisation économique, d'innovation, d'amélioration de la productivité et de montée en gamme des entreprises nationales.
HSBC estime que cette nouvelle orientation intervient dans un contexte de profonde mutation de la concurrence mondiale pour attirer les investissements. Les incitations financières traditionnelles perdent progressivement de leur efficacité, tandis que les investisseurs privilégient désormais la qualité des institutions, la prévisibilité des politiques publiques, la productivité, les capacités d'innovation et la qualité des ressources humaines. La résolution traduit ainsi un changement d'approche, privilégiant le renforcement du cadre institutionnel plutôt que les seules mesures d'incitation fiscale.
Le rapport souligne néanmoins plusieurs défis majeurs, notamment la faible proportion d'entreprises privées vietnamiennes intégrées au commerce mondial ainsi que le manque de chercheurs et d'ingénieurs hautement qualifiés pour soutenir le développement des activités de recherche-développement.
Richard Barnsley estime toutefois que la Résolution identifie clairement ces défis et définit les orientations nécessaires pour y répondre. Elle met l'accent sur les réformes institutionnelles ainsi que sur des résultats concrets, tels que le développement de la recherche, le transfert de technologies et le renforcement des capacités des entreprises vietnamiennes.

Le texte insiste également sur le renforcement des compétences des fournisseurs vietnamiens à travers la formation, l'amélioration des systèmes de gestion de la qualité et des pratiques de gouvernance, afin de leur permettre de répondre aux exigences des groupes internationaux et de s'intégrer plus largement aux chaînes de valeur mondiales. Selon HSBC, cette évolution devrait permettre au Vietnam de passer d'une stratégie d'attraction des investissements à une stratégie de création durable de valeur, consolidant ainsi sa position parmi les économies les plus dynamiques d'Asie. -VNA/VI





