La transformation numérique s’étend rapidement à tous les secteurs, entraînant une demande croissante de ressources humaines hautement qualifiées dans le domaine de la cybersécurité.
Cependant, alors que les menaces cybernétiques deviennent de plus en plus sophistiquées, le Vietnam fait toujours face à un écart important entre les besoins du marché et les capacités de formation. Cette situation souligne l’urgence de mettre en place un écosystème de talents suffisamment solide pour protéger le cyberespace national.
Un fossé important entre les besoins et les capacités de formation
Selon l’Association nationale de cybersécurité (NCA), l’intensité et la fréquence des cyberattaques continuent d’augmenter, avec des méthodes de plus en plus sophistiquées visant directement les infrastructures numériques critiques, les données personnelles et les services publics. Cette réalité montre que la cybersécurité constitue désormais un défi systémique nécessitant des professionnels capables d’intervenir rapidement, d’analyser les incidents et d’y répondre efficacement.
Les experts estiment que le Vietnam manquera de plus de 700 000 professionnels de la cybersécurité dans les années à venir, ce qui reflète l’ampleur du décalage entre les besoins réels et l’offre actuelle de main-d’œuvre qualifiée.
Le gouvernement a adopté plusieurs programmes et stratégies visant à développer les ressources humaines dans ce domaine, notamment le Projet de formation des ressources humaines en cybersécurité à l’horizon 2025 avec une vision jusqu’en 2030, ainsi que la Stratégie nationale de sûreté et de sécurité du cyberespace à l’horizon 2025, avec une vision jusqu’en 2030.
Pour expliquer cette pénurie, le professeur associé et docteur Nguyen Huu Hieu, recteur de l’École polytechnique de l’Université de Da Nang, estime que le défi principal n’est plus seulement le manque de personnel, mais surtout l’absence de normes permettant d’exercer correctement ces métiers.
Par ailleurs, les formes d’attaques utilisant l’intelligence artificielle, les campagnes de phishing personnalisées ou encore l’usurpation d’identité se multiplient, aggravant les risques pour la sécurité de l’information. Dans ce contexte, la demande en spécialistes de la cybersécurité continuera de croître.
Selon le professeur associé et docteur Nguyen Truong Thang, directeur de l’Institut des technologies de l’information relevant de l’Académie vietnamienne des sciences et des technologies, plusieurs facteurs expliquent cette pénurie : les programmes de formation en cybersécurité sont actuellement déployés de manière accélérée dans certains établissements universitaires de référence, alors même que les enseignants spécialisés, qui doivent combiner expertise scientifique, capacités pédagogiques et expérience pratique, restent insuffisants.
En outre, les infrastructures de formation et les laboratoires spécialisés demeurent limités, tandis que l’intégration de nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle, le Big Data et le cloud computing nécessite des investissements considérables.

Une coopération entre l’État, les universités et les entreprises pour créer une percée
La Résolution n°57-NQ/TW du Bureau politique affirme que la cybersécurité et la sécurité des données constituent des piliers fondamentaux et indissociables du processus de transformation numérique. Les priorités portent notamment sur la sécurité de l’information, la protection de la souveraineté numérique et la sécurisation des données.
La formation des ressources humaines en cybersécurité ne représente donc pas seulement une mission essentielle pour le développement des compétences numériques, mais également une stratégie visant à protéger la souveraineté numérique nationale dans le processus de développement du pays.
Les experts estiment que la construction d’un écosystème de ressources humaines en cybersécurité, capable de répondre à la fois aux exigences quantitatives et qualitatives, nécessite une coordination étroite entre l’État, les établissements de formation et les entreprises.
Concrètement, l’État doit continuer à jouer le rôle d’« architecte en chef » du développement des compétences en cybersécurité. Les universités, notamment les établissements spécialisés dans les sciences et technologies, doivent évoluer du rôle de simples dispensateurs de savoir vers celui de créateurs de connaissances et de compétences numériques au service de la nation.
Enfin, les groupes technologiques, les entreprises spécialisées en cybersécurité, les banques et les grands centres de données doivent être associés dès la conception des programmes de formation, participer à la formation des enseignants et soutenir la recherche appliquée. -VNA





