17/01/2020 09:07 GMT+7 Email Print Like 0

Le Têt vu par les étrangers

Si la fête du Têt est l’occasion pour les Vietnamiens de se réunir en famille, elle est aussi aux yeux des étrangers une célébration à la fois joyeuse et étonnante. Des rues habituellement bondées, les touristes assistent à ce changement radical où tout devient désert...

C'est l’impression pour de nombreux étrangers qui vivent, travaillent ou voyagent au Vietnam à cette période. Surtout pour ceux qui accueillent le Nouvel An lunaire pour la première fois dans de grandes villes comme Hô Chi Minh-Ville ou Hanoï. Ils deviennent les témoins de ce phénomène extraordinaire où pendant trois jours, la ville se met sur pause.

Travaillant à Hô Chi Minh-Ville depuis plus de six ans, l’Australien Ray Kuschert, enseignant d’anglais dans un collège, "ne s’habitue pas encore au Têt traditionnel", car c’est une période difficile pour les étrangers qui vivent seuls. Le premier Têt pour lui, en 2013, fut "un choc". Une fois l’effervescence du réveillon passée, la ville se vide, les rues sont sans âme et, de temps en temps, un ou deux véhicules passent. "Certes, la ville est plus agréable, sans embouteillage et sans bruit… Pourtant, je me suis aperçu d’une réalité effrayante : tous les restaurants, supermarchés et centres commerciaux sont fermés. Encore peu habitué à l’exercice, un jour, je me suis retrouvé sans nourriture. Le soir venu, j’ai eu la chance de tomber sur le seul bar ouvert dans le 1er arrondissement. Je trépignais d’impatience à l’idée de manger après cette journée d’errance. Pourtant, ma déception fut grande lorsque j’ai découvert qu’il n’y avait que de l’alcool, de la bière et quelques apéritifs. En plus, le prix avait doublé par rapport aux autres jours", confie-t-il.

La Philippine Marilyn Mendoza, qui enseigne depuis deux ans au Vietnam, trouve que le Têt est joyeux. Car à l’approche du Têt, tout le monde va et vient pour faire ses achats, la ville est en ébullition. Plus chanceuse que Ray Kuschert, Marilyn Mendoza vit avec sa famille à Hô Chi Minh-Ville. Par conséquent, les préparatifs avant le Têt sont plus soignés. Par ailleurs, elle vérifie toujours en amont la prolongation de son visa. Une démarche qui est très importante car près du Nouvel An lunaire, personne ne travaille dans les administrations.

Une fois que le Têt démarre, le rythme ralentit. "Dans notre immeuble, beaucoup de locataires reviennent dans leur village natal. Après le 4e ou le 5e jour, la vie reprend son cours et les gens sont de retour. Nous faisons des efforts pour nous adapter. Pour notre deuxième Têt, nous avons décidé de partir pour Singapour. Le plus étonnant, c’est qu'il est très animé à l’aéroport ! On fait la queue longtemps pour l’enregistrement", se souvient Marilyn Mendoza.

L’Espagnol Juan Carlos travaille pour une agence de consulting dans le domaine de la construction à Hô Chi Minh-Ville. Tous les ans, il accueille le Têt dans la ville natale de sa femme, à Nha Trang (province de Khanh Hoà, Centre). Son impression sur le Têt est "conviviale et gaie". "Avant le Têt, les rues dans le centre sont bien décorées, tout le monde fait ses courses dans les centres commerciaux. Bien que les gens soient pressés, j’aime leur enthousiasme à l’idée d’accueillir le Nouvel An, ça me fait plaisir", explique-t-il.

Célébrant le Têt avec la famille de sa femme, il s'imprègne de l’atmosphère du Nouvel An traditionnel des Vietnamiens : la préparation de mets délicieux, les pratiques rituelles, la visite des proches… "Ma belle mère réalise tous les ans un grand marmite de bánh chung (gâteau traditionnel de forme carrée, salé et concocté à partir de quatre ingrédients : des feuilles de "dong" (phrynium), du riz gluant, des haricots mungo et de la poitrine de porc). Je ne participe pas directement à la confection du bánh chung , mais je sais qu’il s’agit d’un plat emblématique du Têt, un cadeau incontournable à présenter sur l’autel des ancêtres. J’aime bien participer à la préparation des repas. Moi, je cuisine une paëlla pour le partager avec la famille".

Face à la question "Qu’est-ce qui vous fait plaisir à l’occasion du Têt ?", Marilyn Mendoza a répondu qu’elle appréciait recevoir des bánh chung de la part de ses voisins et ses collègues. Le mets qu’elle préfère et qu’elle n’oubliera pas de glisser dans ses bagages à l’occasion du Têt. Cette année, elle part le fêter à NhaTrang.

Le Têt du Rat pour Ray Kuschert se fera une fois encore au calme à Hô Chi Minh-Ville. Il a même reçu des invitations de ses amis vietnamiens pour venir goûter leurs plats traditionnels. "C’est un honneur pour moi de partager un Têt chez eux. C’est un privilège dont peu d’étrangers au Vietnam bénéficient", conclut-il. -CVN/VNA/VI