Le Vietnam et le Canada disposent d’un potentiel important pour approfondir leur coopération dans les sciences, les technologies et l’innovation, notamment dans l’intelligence artificielle (IA), l’aérospatiale et les technologies stratégiques, afin de passer de projets ponctuels à des programmes créant des produits et une valeur économique concrète.
Le Vietnam et le Canada disposent de nouvelles opportunités pour approfondir leur coopération dans les sciences, les technologies et l’innovation, en passant de projets ponctuels à des programmes susceptibles de générer des produits et une valeur économique concrète, a estimé le professeur associé Vu Viêt Hung, de la Faculté de génie mécanique et aérospatial du Collège militaire royal du Canada, dans un entretien accordé à la VNA avant la visite d’État au Canada du secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm.
Le professeur associé Vu Viêt Hung, de la Faculté de génie mécanique et aérospatial du Collège militaire royal du Canada (gauche). Photo: VNA
Selon Vu Viêt Hung, également président du Réseau des experts et scientifiques vietnamiens au Canada (CVSE), les deux pays accordent une importance croissante à l’intelligence artificielle (IA), aux technologies quantiques, aux énergies propres et à l’aérospatiale. Le Vietnam pourrait, dans un premier temps, approfondir sa coopération dans deux domaines : les applications de l’IA et les technologies aérospatiales.
Dans le domaine de l’IA, le Vietnam ne devrait pas nécessairement chercher à développer immédiatement des modèles de très grande taille, mais pourrait davantage privilégier l’application et la commercialisation de ces technologies. Le Canada dispose d’un écosystème de recherche en IA développé, tandis que le Vietnam possède un marché important pour leur mise en pratique, grâce à une économie dynamique, une population jeune et des ressources humaines dans le secteur technologique en expansion. La complémentarité entre les capacités de recherche et technologiques canadiennes et les capacités vietnamiennes de déploiement pourrait ainsi ouvrir des perspectives prometteuses de coopération.
Dans un premier temps, les applications logicielles de l’IA, ou « IA virtuelle », pourraient être privilégiées dans les domaines permettant un déploiement rapide. L’« IA physique », intégrée à des robots, capteurs, matériaux et systèmes de production, présente également un potentiel important, mais nécessite davantage de capitaux, de temps et un développement coordonné de plusieurs secteurs technologiques.
L’aérospatiale constitue un autre domaine auquel le Vietnam devrait accorder une attention particulière. Selon l’expert, ce secteur est de plus en plus lié aux communications, à l’observation de la Terre, à la gestion des ressources, à la sécurité et à la défense, ainsi qu’à l’autonomie technologique des pays. Le Canada dispose d’une industrie aérospatiale développée et cherche à élargir ses relations technologiques et ses marchés. Le Vietnam pourrait ainsi accéder à des produits et technologies civils, tout en participant progressivement à la recherche, à la formation, au transfert de technologies et au développement de technologies à double usage.
Au-delà des secteurs prioritaires, Vu Viêt Hung souligne la nécessité de mettre en place des mécanismes permettant de transformer les résultats de la recherche en produits et en valeur économique. Près d’une décennie après l’établissement du partenariat global en 2017, les évolutions géopolitiques, la restructuration des chaînes d’approvisionnement et la volonté de diversifier les partenaires créent, selon lui, des conditions favorables à un approfondissement des relations bilatérales, les sciences et technologies pouvant en devenir un pilier.
Il propose notamment d’étudier un mécanisme de cofinancement de projets communs de recherche et développement, par exemple en reliant la Fondation nationale vietnamienne pour le développement scientifique et technologique (NAFOSTED) au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (NSERC), ou en créant un programme Vietnam-Canada de financement de l’innovation associant instituts de recherche, universités et entreprises.
Il préconise également des programmes d’innovation impliquant directement les entreprises, la création de centres universitaires et de recherche conjoints dans certains domaines stratégiques, ainsi que des mesures financières, fiscales et de soutien au marché en faveur des entreprises et start-up technologiques participant à la coopération bilatérale.
Enfin, le Réseau des experts et scientifiques vietnamiens au Canada pourrait jouer un rôle de passerelle entre les organismes publics, les universités, les instituts de recherche et les entreprises des deux pays. Selon Vu Viêt Hung, ces experts pourraient intervenir dès la conception des programmes, l’identification des domaines de coopération, la mise en relation des équipes de recherche et la réalisation de projets concrets.
Si l’élan politique issu des contacts de haut niveau se traduit par des mécanismes de coopération durables, les sciences, les technologies et l’innovation pourraient ainsi dépasser le cadre des échanges universitaires et des projets ponctuels pour devenir un pilier concret des relations Vietnam-Canada, en générant des produits, des entreprises et une valeur économique pour les deux pays. - VNA/VI