Le professeur Vu Minh Khuong, de l’Université nationale de Singapour (NUS), a souligné que l’expérience singapourienne démontrait que l’éducation et le développement des ressources humaines devaient être placés au rang des priorités absolues, car ils sont déterminants pour la compétitivité et l’avenir d’un pays.
Le professeur Vu Minh Khuong, de l’Université nationale de Singapour. Photo: VNA
Le Vietnam fait face à un double défi : accélérer la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée dans les technologies de pointe tout en se préparant aux transformations de l’emploi dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. Selon des experts basés à Singapour, l’expérience de ce pays peut fournir au Vietnam des pistes utiles pour relever ces défis.
Le professeur Vu Minh Khuong, de l’Université nationale de Singapour (NUS), a souligné que l’expérience singapourienne démontrait que l’éducation et le développement des ressources humaines devaient être placés au rang des priorités absolues, car ils sont déterminants pour la compétitivité et l’avenir d’un pays.
Selon cet expert, à l’ère de l’IA, l’éducation doit mettre l’accent sur trois compétences fondamentales. La première est la capacité à sélectionner, évaluer et traiter les connaissances, alors que les individus sont de plus en plus exposés à des volumes considérables d’informations. L’enjeu n’est plus simplement de mémoriser une grande quantité de connaissances, mais de savoir rechercher, évaluer et exploiter l’information afin de résoudre des problèmes.
Cette approche implique également de faire évoluer les méthodes d’enseignement, d’apprentissage et d’évaluation. Plutôt que de limiter l’utilisation de l’IA ou d’Internet par les étudiants, les établissements d’enseignement devraient leur permettre d’utiliser ces outils et évaluer leur capacité à les appliquer à des problèmes concrets.
La deuxième compétence est la capacité à écouter, à assimiler des points de vue différents et à collaborer avec autrui. Le professeur Vu Minh Khuong a précisé que les travailleurs de demain devraient posséder non seulement une expertise professionnelle, mais aussi la capacité de synthétiser des points de vue divers et de travailler efficacement en équipe.
La troisième est la créativité, c’est-à-dire la capacité à générer de nouvelles idées, solutions et valeurs. Il s’agit, selon lui, de l’un des facteurs clés permettant de distinguer les ressources humaines hautement qualifiées à l’ère de l’IA.
Les entreprises technologiques contribuent au développement des compétences
Les entreprises technologiques jouent également un rôle croissant dans le développement de nouvelles compétences chez les travailleurs. Shanti Alexander, directrice des programmes politiques et des campagnes de Meta pour la région Asie-Pacifique, a affirmé l’engagement de l’entreprise à promouvoir au Vietnam un développement et une utilisation de l’IA complets, utiles et accessibles.
Meta collabore avec STEAM for Vietnam, Hocmai et le centre Vietnet-ITC pour aider les entreprises à intégrer l’IA dans leurs activités de production et commerciales, tout en coopérant avec le Centre national d’innovation (NIC) afin de soutenir la communauté des développeurs technologiques.
Meta et le NIC ont récemment organisé un hackathon consacré à l’IA, qui a réuni plus de 1 000 développeurs chargés de concevoir, en 48 heures, des solutions d’IA répondant à des problèmes concrets.
Les deux parties mettent également en œuvre le projet ViGen, visant à développer des jeux de données ouverts et de haute qualité pour le Vietnam, afin de jeter les bases de modèles et de solutions d’IA mieux adaptés à la langue, aux besoins et aux réalités du pays.
L’éducation constitue également un axe prioritaire. Meta collabore avec des partenaires vietnamiens à des programmes de développement des compétences en IA destinés aux enseignants, avec pour objectif de former près de 1 000 éducateurs cette année.
L’IA s’impose ainsi non seulement comme un domaine nécessitant des ressources humaines spécialisées, mais aussi comme un outil permettant de renouveler les méthodes d’enseignement et d’apprentissage.
Parallèlement, la restructuration de l’économie engendre de nouveaux défis pour les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre.
Ernie Koh, vice-président du groupe d’affaires pour l’Asie du Sud-Est de la Fédération des entreprises de Singapour (SBF), a souligné que le marché du travail vietnamien évoluait à mesure que la croissance économique s’accélérait dans des localités autres que Hanoï et Hô Chi Minh-Ville. Cette évolution crée davantage de possibilités d’emploi au niveau local et réduit la nécessité pour les travailleurs de migrer vers les grands pôles économiques.
Fort de son expérience dans le secteur manufacturier à forte intensité de main-d’œuvre, Ernie Koh a indiqué que ces industries au Vietnam seraient soumises à une pression croissante pour se transformer, alors que l’économie s’oriente davantage vers les technologies de pointe et qu’un nombre croissant de jeunes travailleurs qualifiés se tournent vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée.
Il a également souligné le rôle potentiel de la mobilité de la main-d’œuvre au sein de l’ASEAN pour contribuer à remédier aux pénuries de travailleurs sur certains marchés, tout en accompagnant la restructuration de la main-d’œuvre à l’échelle régionale.
Ces analyses montrent que le défi des ressources humaines auquel le Vietnam est confronté à l’ère de l’IA dépasse la simple formation d’ingénieurs ou de spécialistes des technologies. Il nécessite une approche globale englobant la réforme de l’éducation, le développement des compétences en IA pour la main-d’œuvre actuelle, le renforcement de la coopération entre l’État, les établissements d’enseignement et les entreprises technologiques, ainsi que des politiques favorisant la mobilité des travailleurs entre les secteurs.
Alors que le Vietnam accélère sa transformation numérique et le développement des technologies de pointe, l’expérience de Singapour et l’engagement des entreprises technologiques mondiales soulignent la nécessité d’anticiper les besoins en ressources humaines.
La capacité à sélectionner et à traiter les connaissances, à collaborer, à innover et à utiliser efficacement l’IA deviendra de plus en plus essentielle pour aider les travailleurs à s’adapter à un marché de l’emploi en mutation et renforcer la compétitivité de l’économie vietnamienne dans cette nouvelle ère.
VNA/Revue Vietnam Illustré