Au Vietnam, plusieurs vols intérieurs utilisant du SAF ont déjà été réalisés grâce à la coopération entre compagnies ariennes et entreprises du secteur énergétique.
Alors que le Vietnam accélère sa feuille de route de décarbonation pour atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, le carburant d’aviation durable (CAD), ou SAF (Sustainable Aviation Fuel), s’impose comme l’une des solutions clés pour réduire les émissions de CO2 du transport aérien. L’industrie aéronautique vietnamienne et les compagnies nationales passent progressivement des orientations stratégiques à des actions concrètes.
Vietnam Airlines collabore avec des partenaires nationaux et internationaux pour utiliser ce carburant sur des lignes intérieures et internationales. Photo : VNA
Selon Do Hong Cam, directeur adjoint de l’Autorité de l’aviation civile du Vietnam, le SAF permet de réduire jusqu’à 80 % des émissions de CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie par rapport au kérosène conventionnel. Il peut en outre être utilisé avec les infrastructures existantes sans nécessiter d’importantes adaptations technologiques. À l’échelle mondiale, le SAF est considéré comme l’un des principaux leviers de décarbonation du secteur aérien. Son marché connaît une croissance rapide, passant d’une valeur estimée à 2,7 milliards de dollars en 2025 à plus de 40 milliards de dollars d’ici 2034. Par ailleurs, de plus en plus de pays imposent l’utilisation d’une part minimale de SAF dans les carburants d’aviation.
Au Vietnam, plusieurs vols intérieurs utilisant du SAF ont déjà été réalisés grâce à la coopération entre compagnies ariennes et entreprises du secteur énergétique. Cette expérience montre que les différents maillons de la chaîne de valeur du SAF, de la production à l’approvisionnement et à l’exploitation, commencent à se mettre en place.
Vietnam Airlines collabore avec des partenaires nationaux et internationaux pour utiliser ce carburant sur des lignes intérieures et internationales. Dès 2025, tous les vols du transporteur national au départ des aéroports européens utilisent un mélange contenant au moins 2 % de SAF. Cette proportion passera progressivement à 6 % en 2030, 20 % en 2035 et 70 % en 2050.
De son côté, Vietjet Air coopère avec Petrolimex pour intégrer le SAF à ses opérations et mène des activités de recherche-développement afin de réduire les coûts et de renforcer son autonomie d’approvisionnement.
Toutefois, le coût demeure l’un des principaux obstacles à l’adoption du SAF. Selon Dang Anh Tuan, directeur général adjoint de Vietnam Airlines, l’utilisation du SAF pour les vols au départ de l’Europe entraîne une hausse des coûts d’exploitation d’environ 4,8 millions de dollars par an. En 2026, l’impact financier total des engagements liés au SAF et des mécanismes de compensation carbone, tels que ReFuelEU et CORSIA, devrait atteindre au moins 11,6 millions de dollars. Cette hausse des coûts exerce une pression sur les tarifs aériens et affecte la compétitivité des transporteurs.
Face à cette situation, le représentant de Vietnam Airlines a souligné la nécessité de développer une chaîne d’approvisionnement nationale en SAF et d’adopter rapidement des normes techniques ainsi que des mécanismes de soutien adaptés.
Lors d’un récent forum consacré aux politiques et aux technologies liées au SAF, organisé par l’Association asiatique des carburants d'aviation durables (Asia Sustainable Aviation Fuel Association (ASAFA), son directeur général, Fabrice Espinosa, a estimé que le développement du SAF constituait une étape incontournable pour atteindre l’objectif de neutralité carbone du Vietnam.
Selon lui, le Vietnam dispose d’atouts importants, notamment de ressources diversifiées en matières premières et d’infrastructures de raffinage et de pétrochimie, lui permettant de s’intégrer favorablement à ce marché émergent.
Afin de compléter le cadre réglementaire, le ministère de la Construction élabore actuellement un projet de circulaire relatif aux exigences techniques applicables aux carburants aéronautiques. Ce texte prévoit d’intégrer des dispositions spécifiques au SAF, notamment en matière de qualité, d’utilisation, de traçabilité et de certification.
Par ailleurs, l’Autorité de l’aviation civile encourage la transition vers des véhicules de piste électriques et prévoit, pour la période 2027-2030, d’étudier l’utilisation de carburants alternatifs tout en finalisant une base de données sur la consommation énergétique.
Avec un cadre réglementaire stable et des mécanismes d’incitation adaptés, le SAF contribuera non seulement à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi à accélérer la transition énergétique du secteur aérien, conformément aux objectifs fixés par la résolution n°70-NQ/TW du Bureau politique sur la sécurité énergétique nationale à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045. -VNA/VI