Thé au lotus du lac de l’Ouest : un savoir-faire ancestral au cœur de Hanoï
À chaque saison des lotus, lorsque s’épanouissent les fleurs de Bach Diêp, ou lotus aux cent pétales (Nelumbo nucifera), sur le lac de l’Ouest, les familles de Quang An spécialisées dans la fabrication du thé au lotus s’activent. Cueillies à l’aube, les fleurs sont travaillées avec un savoir-faire minutieux, selon des secrets transmis de génération en génération, afin de préserver leur parfum et de l’imprégner durablement dans les feuilles de thé. Un artisanat d’exception qui témoigne du raffinement de la culture hanoïenne.
Situé sur les rives du lac de l’Ouest, le quartier de Quang An est depuis longtemps réputé pour ses cultures de lotus et son thé délicatement parfumé. Bordé par le lac sur trois côtés, ce territoire compte de nombreux étangs, plans d’eau et marécages, dont les sols offrent des conditions particulièrement favorables à la culture du lotus aux cent pétales. Cette variété, caractérisée par ses pétales doubles ou multiples et ses nombreuses graines, est particulièrement prisée des artisans locaux pour la confection de ce thé au goût singulier.
À Quang An, l’art de parfumer le thé au lotus se transmet de génération en génération. En 2024, ce savoir-faire a été inscrit sur la Liste nationale du patrimoine culturel immatériel par le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme. Cette reconnaissance vient consacrer un artisanat profondément ancré dans la vie culturelle des riverains du lac de l’Ouest.
Pour les familles qui perpétuent cette tradition, le moment de la récolte est déterminant. Les fleurs sont cueillies dès les premières heures du jour, lorsque leurs pétales commencent tout juste à s’ouvrir et que leur parfum est à son apogée. Elles sont ensuite acheminées vers les ateliers pour y être préparées. Dans la famille des artisans Ngo Van Xiem et Luu Thi Hien, ce savoir-faire se transmet de génération en génération. Tous les membres de la famille, des aînés aux enfants et petits-enfants, prennent part aux différentes étapes de la fabrication : séparation des pétales et extraction des étamines, appelées « gao sen », ces petites parties blanches qui évoquent des grains de rizi.
« L’extraction des étamines est une opération particulièrement délicate. Il faut faire preuve de minutie et d’habileté pour ne pas les briser ni altérer leur parfum », explique l’artisane Luu Thi Hien.
Petites mais précieuses, les « gao sen » sont à l’origine de l’arôme si caractéristique de ce thé. Selon l’artisan Ngo Van Xiem, il faut environ 1 500 fleurs de lotus pour parfumer un kilogramme de thé. Le thé au lotus de Hien Xiem est élaboré à partir de fleurs de lotus aux cent pétales cultivées sur les rives du lac de l’Ouest et d’un thé de grande qualité, soigneusement sélectionné pour sa pureté.
La préparation d’un lot complet s’étend sur 21 jours et comprend sept cycles successifs de parfumage aux étamines et de séchage. Ce dernier est effectué selon une méthode traditionnelle, au charbon de bois. À chaque cycle, le parfum du lotus pénètre plus profondément dans les feuilles, leur conférant des notes délicates et persistantes. Outre cette méthode de parfumage du thé par séchages successifs, les artisans de Quang An pratiquent également l’infusion directe du thé dans les fleurs de lotus. Du thé séché, auquel est ajoutée une petite quantité de riz de lotus, est placé dans un bouton fraîchement éclos. Celui-ci est ensuite enveloppé dans des feuilles de lotus, noué à sa base, puis immergé dans l’eau pendant environ 24 heures avant d’être conservé. Quelle que soit la technique employée, chaque étape exige patience, précision et expérience.
La fabrication du thé au lotus ne repose pas uniquement sur la maîtrise de gestes techniques : elle demande aussi une grande endurance. Les artisans doivent parfois veiller tard et se lever avant l’aube, tout en contrôlant avec précision la température du thé et en surveillant attentivement chaque cycle de séchage. En période de forte chaleur, la température du four à charbon rend le travail encore plus éprouvant.
« Je sais que ce métier est difficile, mais je tiens à préserver le savoir-faire de ma famille. Aujourd’hui, je transmets les secrets de fabrication à mes enfants afin qu’ils puissent faire vivre cette tradition à leur tour. Pour nous, l’essentiel est de proposer à nos clients un thé au parfum intense et à la qualité irréprochable », confie Luu Thi Hien.
L’inscription de l’art du parfumage du thé au lotus de Quang An au patrimoine culturel immatériel national ouvre de nouvelles perspectives pour la préservation et la valorisation de cet artisanat traditionnel. Car derrière chaque tasse se trouvent bien davantage que le parfum subtil d’une fleur : un savoir-faire exigeant, une longue expérience et une passion patiemment transmise au fil des générations.
Aujourd’hui encore, de nombreuses familles de Quang An continuent de faire vivre cette tradition. Au cœur d’une capitale en pleine modernisation, les artisans veillent à préserver intact le parfum du lotus dans chaque feuille de thé. Depuis les rives du lac de l’Ouest, cet arôme continue ainsi de raconter une histoire : celle d’un artisanat vietnamien d’exception et d’une culture où le raffinement se cultive jusque dans les gestes les plus simples./.
Texte et Photos: Khanh Long/VI


















