Les puits antiques de Gio An : un héritage hydraulique millénaire toujours vivant
Datant de près de 2 000 ans, les puits antiques de Gio An, situés dans la commune de Con Tien, province de Quang Tri, demeurent remarquablement préservés. Toujours alimentés en eau claire et abondante, ils témoignent de l’ingéniosité et du savoir-faire exceptionnel des anciens dans l’exploitation et la gestion durable des ressources hydriques souterraines.
Depuis l’Antiquité, outre les sources naturelles telles que la pluie, les rivières, les ruisseaux, les étangs et les lacs, les Vietnamiens ont su capter les eaux souterraines en creusant des puits destinés aux usages domestiques. À côté des puits traditionnels, certains systèmes ingénieux ne nécessitaient pas de creusement profond : ils reposaient sur l’aménagement de digues, de terrasses agricoles ou de murs de soutènement en pierre afin de former des bassins de collecte et de stockage de l’eau. Ces installations se trouvent généralement sur des terrains en pente, là où les nappes phréatiques s’écoulent naturellement depuis les flancs des collines.
Selon les chercheurs, de nombreux systèmes de ce type existent dans la province de Quang Tri, notamment dans l’ancien district de Gio Linh. Plus précisément, la commune de Gio An (aujourd’hui Con Tien) abrite une trentaine de puits anciens, communément appelés « puits de Gio An ». Parmi eux, quatorze sont classés monuments historiques nationaux : les puits Coi, Duoi, Bung, Trang et Dao (village d’An Nha) ; Gai 1, Gai 2 et Nay (village d’An Huong) ; Tep, Ong, Ba et Gai (village de Hao Son) ; ainsi que les puits Mang (village de Long Son) et Phen (village de Tan Van).
L’originalité de ce système hydraulique a suscité l’intérêt de nombreux chercheurs vietnamiens et étrangers. Les chercheurs français M. Colani et L. Bezacier l’attribuaient à une période pré-Champa, tandis que l’historien américano-vietnamien Ta Chi Dai Truong le rattachait à l’époque de Nguyen Hoang. D’autres hypothèses avancent même une origine remontant à la fin du Néolithique, soit environ 5 000 ans. Toutefois, le consensus scientifique actuel situe la construction de ces ouvrages il y a environ 2 000 ans.
Contrairement aux puits traditionnels, les puits de Gio An ne sont pas de simples excavations verticales. Il s’agit en réalité d’un système sophistiqué de collecte, de stockage et de distribution de l’eau, composé de compartiments et de canaux en pierre émergeant du sol. Les anciens ont exploité les sources jaillissant des flancs des collines, utilisant des blocs de pierre empilés avec précision pour canaliser et maîtriser l’écoulement de l’eau.
On distingue deux types principaux de puits. Les puits à plusieurs niveaux, plus complexes, sont généralement implantés sur des pentes abruptes. Ils comportent trois compartiments successifs : le premier reçoit l’eau directement de la source et permet sa décantation ; le second sert à l’usage domestique ; le troisième est destiné à la toilette et au lavage.
L’eau est ensuite dirigée vers la plaine par un réseau de petits canaux en pierre pour l’irrigation des cultures et l’abreuvement du bétail. Le second type est constitué d’un seul bassin de grande taille, entouré de pierres, dont l’eau est acheminée vers les champs par un canal similaire. Fait remarquable, l’eau de ces puits ne tarit jamais : elle demeure limpide, douce, fraîche en été et tiède en hiver, illustrant l’ingéniosité hydraulique de leurs concepteurs.
Pour les habitants locaux, les puits antiques de Gio An sont intimement liés à la vie spirituelle, aux coutumes et aux croyances communautaires. Cette relation se reflète notamment dans leur appellation : le puits Coi (puits supérieur), le puits Nay (grand puits), le puits Ong réservé aux hommes, ou encore le puits Ba réservé aux femmes. Après près de deux millénaires d’existence, ce système hydraulique exceptionnel est resté remarquablement intact. Grâce à sa valeur architecturale, historique et culturelle, il est aujourd’hui classé monument historique national et constitue une destination patrimoniale et touristique prisée de la province de Quang Tri./.
Texte et photos: Thanh Hoa/VI Traduction: Diêu Vân














