Vietnam et ses amis

XIVe Congrès national du PCV : un moment clé pour consolider la position montante du Vietnam

À l’approche du XIVe Congrès national du Parti communiste du Vietnam (PCV), M. Antoine Pouillieute, ancien ambassadeur de France au Vietnam de 2001 à 2004, a accordé une interview au correspondant de l’Agence vietnamienne d’Information (VNA) à Paris.

M. Antoine Pouillieute, ancien ambassadeur de France au Vietnam de 2001 à 2004. Photo : VNA

1. Le XIVe Congrès national du Parti communiste du Vietnam est attendu comme un moment clé pour définir les grandes orientations de développement du pays dans une nouvelle phase. Fort de votre longue expérience et de votre connaissance du Vietnam, comment évaluez-vous l’importance de ce Congrès dans le contexte régional et international actuel, marqué par de profondes mutations ?

Depuis plusieurs années déjà, le Vietnam est considéré partout dans le monde comme un pays ayant réussi son émergence. Non seulement les chiffres le démontrent, mais la société vietnamienne le vit aussi intensément.

Deux phénomènes récents invitent le Vietnam à s’engager plus rapidement encore sur la voie de la professionnalisation, de la compétitivité et de la modernité :

Le 1er n’est pas la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, mais la fin de la mondialisation telle qu’on l’a vécue au début du XXIe siècle. Le commerce est moins mondial, mais plus régional. Or, si le Viêt Nam a bien joué le jeu de la mondialisation, il doit désormais jouer tout aussi bien le jeu de la régionalisation.

Le 2ème est le retour des empires, donc d’une brutalisation des relations internationales avec un retour à une confrontation de grands blocs. Face à cet environnement international plus incertain, le Viêt Nam doit évidemment renforcer le rôle très actif qu’il joue déjà au sein de l’ASEAN : il doit devenir un vrai pilier régional en Asie du Sud-Est.

2. Le Congrès devrait débattre et adopter des orientations majeures en matière de développement économique, de perfectionnement institutionnel et d’intégration internationale. Selon vous, quel impact ces orientations pourraient-elles avoir sur la place et le rôle du Vietnam dans la région et sur la scène internationale ?

D’un congrès, on doit attendre des orientations fondatrices. Si le Viêt Nam a parfaitement réussi son décollage, il doit maintenant prouver sa résilience en vitesse de croisière. D’où des priorités à confirmer dans la simplification des structures et du processus de décision, la performance des politiques publiques qui doivent se hisser à la hauteur du dynamisme de l’initiative privée, et l’augmentation de la compétitivité d’une économie plus diversifiée et à plus forte valeur ajoutée. La qualité du travail du peuple vietnamien est saluée par tous : rien n’est donc plus nécessaire que d’investir dans le capital humain, dans la cohésion sociale, et dans la redevabilité de chacun au service de tous.

3. Du point de vue d’un ancien diplomate ayant exercé au Vietnam, quels messages le XIVe Congrès pourrait-il, selon vous, adresser à la communauté internationale, notamment en ce qui concerne la stabilité politique, le développement durable et la politique étrangère du Vietnam ?

Dans un monde agité où la force essaie de supplanter le droit, le Viet Nam doit apparaître comme le grand pôle de stabilité régionale, avec des autorités politiques suivent une vision à long terme. La société – mieux formée et donc plus impatiente – doit aussi se réaliser plus sereinement à titre individuel pour mieux contribuer à l’effort collectif. Face aux incertitudes internationales, le Viêt Nam, qui a toujours défendu le principe d’intangibilité des frontières, doit plus que jamais s’en faire le défenseur sur terre, en mer et dans les airs. Enfin, les enjeux climatiques – notamment dans la région du delta – invitent le Viêt Nam à assurer un leadership dans les transitions écologique et énergétique.

4. Alors que les relations entre le Vietnam et la France connaissent une dynamique positive et de plus en plus substantielle, dans quelle mesure le XIVe Congrès pourrait-il, selon vous, créer de nouveaux leviers pour approfondir davantage le partenariat bilatéral, tant au niveau des relations directes entre les deux pays que dans le cadre de la coopération entre le Vietnam et l’Union européenne ?

Les domaines d’excellence du partenariat stratégique entre le Viêt Nam et la France sont bien connus, et ils doivent être renforcés. Mais s’il n’y avait qu’une priorité à retenir, ce serait l’investissement dans le capital humain. Pourquoi ? Parce qu’en réhaussant les coopérations scientifiques et techniques, on pousse notre partenariat sur la voie de l’excellence. Et parce qu’en multipliant les coopérations croisées, on tisse des liens durables entre les femmes et les hommes. C’est toujours ainsi que le Viêt Nam et la France ont procédé par exemple dans le domaine de la santé, y compris durant les périodes les plus difficiles de notre histoire commune.

5. Au regard des grandes orientations qui devraient être adoptées lors du XIVe Congrès, quels sont, selon vous, les domaines de coopération franco-vietnamienne offrant le plus fort potentiel de développement dans les années à venir, notamment dans les secteurs économique, scientifique et technologique, de l’éducation-formation et de la transition verte ?

En France, notre amour va à la Patrie, mais son avenir est dans l’Europe : il n’y a rien de contradictoire dans cette double allégeance. Au Vietnam, l’amour du peuple va aussi à la Patrie, mais son destin la dépasse pour s’intégrer à l’ASEAN et en Asie.

Au risque de me répéter, si le 14ème Congrès pouvait engager plus résolument encore le pays sur la voie du professionnalisme, de la performance, de la cohésion sociale et du développement durable, ce serait assurément un grand congrès./.


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