Face à des besoins croissants en capitaux pour soutenir une croissance élevée et durable, le Vietnam accélère la restructuration de son système financier et diversifie les canaux de mobilisation de fonds afin de réduire sa dépendance au crédit bancaire et de renforcer l’accès des entreprises aux financements à long terme.
Pour parvenir à une croissance annuelle du PIB à deux chiffres pendant plusieurs années consécutives, le Vietnam aura besoin d’importants investissements dans les infrastructures, les technologies ainsi que les transitions numérique et verte. Ces besoins dépassent désormais les capacités du seul système bancaire, rendant indispensable le développement d’un système financier diversifié.
L’ambition de faire du Vietnam un pays développé à revenu élevé d’ici 2045 nécessite de maintenir un rythme de croissance élevé et durable. Selon le ministère des Finances, les besoins d’investissement pour la période 2026-2030 sont estimés à 38,5 millions de milliards de dôngs, soit environ 40 % du PIB. Le budget de l’État ne pouvant en couvrir que 20 %, les 80 % restants, équivalant à environ 30 millions de milliards de dôngs, devront être mobilisés auprès du secteur privé, ce qui exige de diversifier les canaux de financement au-delà du crédit bancaire.
La pression est déjà manifeste. À la mi-juillet 2026, l’encours de crédit avait atteint 20,08 millions de milliards de dôngs, en hausse de 8,04 %, tandis que la mobilisation des fonds progressait de 6,32 %. L’écart de 1,3 million de milliards de dôngs montre que la demande de capitaux augmente plus rapidement que la capacité de mobilisation du système bancaire. En juillet, la Banque d’État a reçu des propositions de mécanismes de crédit pour 17 grands projets de Vingroup, Masterise et Thaco, pour un montant total de 955 000 milliards de dôngs.
Hô Chi Minh-Ville, locomotive économique du pays avec une croissance de 8,55 % au premier semestre 2026, doit accroître ses investissements de 13 à 15 % par an. L’expert Tran Du Lich souligne qu’aucune économie développée ne peut financer ses besoins à long terme principalement par les banques commerciales sans s’exposer à des risques de liquidité importants.
Le Programme de réforme globale approuvé en juillet 2026 par la Décision n° 1413/QĐ-TTg vise ainsi à rééquilibrer cette structure en développant le marché boursier, celui des obligations et les fonds d’investissement.
Whitney Pham, membre du comité exécutif de la Global Onchain Economic Alliance (GOEA), estime que l’attractivité d’un marché dépend désormais de la transparence et de la modernité de ses infrastructures financières. Le Vietnam accélère ainsi la mise en place d’un Centre financier international, la finalisation du cadre juridique relatif aux actifs numériques et l’étude d’une monnaie numérique nationale.
Hô Chi Minh-Ville renforce également son attractivité, avec 21 000 projets d’investissement étrangers attirés au premier semestre 2026. Selon Cao Thi Phi Van, directrice adjointe du Centre de promotion du commerce et de l’investissement de Hô Chi Minh-Ville (ITPC), l’achèvement du cadre institutionnel et financier permettra à la ville d’attirer davantage de projets de haute technologie et d’innovation. L’objectif est de mettre en place une structure de financement équilibrée, capable de soutenir une croissance durable.
Nguyen Huu Huan, vice-président du bureau exécutif du Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville (VIFC-HCMC), précise que le Centre financier international de Hô Chi Minh-Ville a enregistré 20 milliards de dollars d’engagements. Il faut désormais transformer ces engagements en flux d’investissement réels à travers des projets transparents et sécurisés. Quelque 95 % du cadre juridique est achevé, permettant aux institutions internationales de participer davantage à cet écosystème financier moderne et connecté.
De son côté, Nguyen Tri Hieu, expert financier et bancaire, avertit que la croissance du crédit supérieure à celle de la mobilisation des fonds exerce une pression sur les liquidités. Le Vietnam doit accélérer la restructuration de son système financier afin que les marchés de capitaux puissent davantage assurer le financement à long terme des entreprises, tout en renforçant la transparence pour consolider durablement la confiance des investisseurs.
Enfin, Vu Thi Chan Phuong, présidente de la Commission des valeurs mobilières de l’État, estime que le développement du marché des capitaux doit notamment contribuer à renforcer la transparence afin de permettre au Vietnam d’accéder au statut de marché émergent selon les critères de FTSE Russell. Le décret n° 200/2026/NĐ-CP vient renforcer la gouvernance du marché obligataire en imposant des exigences plus strictes. Une gestion saine et transparente permettra aux entreprises d’accéder plus facilement aux sources de financement internationales.- VNA/VI