Vie vietnamienne

Repas quan họ : une tradition vivante du peuple du Kinh Bac

À l’approche du Têt, les chanteurs de quan họ se retrouvent d’abord dans les festivals où résonne leur chant alterné, puis prolongent la rencontre autour de repas intimes chez l’hôte. À Hoai Trung, commune de Liên Bao (Bac Ninh), cette coutume mêle avec harmonie gastronomie et musique, incarnant l’âme du patrimoine du Kinh Bac (nom ancien d'une région située au nord de l'ancienne capitale Thang Long - Hanoi d'aujourd'hui).

À l’approche du Têt, les chanteurs de quan họ se retrouvent d’abord dans les festivals où résonne leur chant alterné, puis prolongent la rencontre autour de repas intimes chez l’hôte. À Hoai Trung, commune de Liên Bao (Bac Ninh), cette coutume mêle avec harmonie gastronomie et musique, incarnant l’âme du patrimoine du Kinh Bac (nom ancien d'une région située au nord de l'ancienne capitale Thang Long - Hanoi d'aujourd'hui)

Après le premier spectacle de chant du printemps, les habitants de Hoai Trung accueillent leurs amis chanteurs chez eux.

Hoai Trung compte parmi les 49 villages anciens où le quan họ a pris racine. C’est un lieu encore très vivant pour cet art. La famille Duong en est l’un des plus beaux symboles : six générations y ont consacré leur voix, à commencer par le couple légendaire Duong Van Quyen et Nguyen Thi Hap. Aujourd’hui, Duong Duc Thang, vice-président du club de quan họ du village, poursuit cet héritage en restaurant et en transmettant ce chant ancestral.

La famille Duong, à Hoai Trung, perpétue depuis des générations la tradition du repas quan họ.
 

Pour lui, un repas quan họ ne s’improvise jamais. Selon les moyens de la famille, le festin peut se limiter à un service unique ou s’étendre sur trois, mais quatre plats restent sacrés : poulet, giò-cha, pigeon braisé et langue de porc bouillie. D’autres préparations – poisson, viande sautée – viennent enrichir la table selon la saison et les ressources du moment. Le poisson est souvent haché pour devenir cha ca : une astuce qui donne une saveur unique tout en permettant de « masquer » discrètement les ingrédients quand les temps sont plus difficiles – une marque de l’esprit pratique et ingénieux du quan họ.

 Un repas traditionnel quan ho est préparé par les habitants du village de Hoai Trung (commune de Liên Bao, province de Bac Ninh) à l’occasion de la fête du printemps.
 

Sur la table d’honneur, l’ordre est codifié : une assiette de sel trône à l’extrémité, des cornichons en pied complètent le décor. Le service s’organise avec équilibre : l’un verse le vin, l’autre présente les plats. Ce rituel discret exprime le respect et l’amitié qui unissent les chanteurs

Duong Van Quyen a marqué les mémoires en offrant un jour un repas de 19 plats – une démonstration saisissante du soin et de l’honneur que la communauté de Hoai Trung porte à ses invités chanteurs.

Un repas traditionnel quan ho est préparé par les habitants du village de Hoai Trung (commune de Liên Bao, province de Bac Ninh) à l’occasion de la fête du printemps.
 

À minuit, après le repas principal, vient le « festin d’accompagnement » ou « festin de l’eau » : un goûter simple avec thé et gâteaux, qui prolonge la musique dans la douceur de la nuit. Chaque village a sa variante, mais tous gardent l’habitude d’honorer leurs hôtes avec les spécialités les plus raffinées de leur terroir.

Qu’il s’agisse du repas principal ou du festin de l’eau, la convivialité tient lieu de pierre angulaire. L’hôte, lors d’un chant quan họ, se place aux quatre coins de la table: l’un sert le vin, l’autre les plats. Les invitations se font dans la douceur et l’humilité, reflétant l’esprit de respect et d’amitié qui anime la pratique.

La culture quan họ continue d’être préservée et diffusée par la communauté du village de Hoai Trung.

« Nos ancêtres nous ont légué un quan họ riche et très codifié, un patrimoine qu’il faut absolument préserver », rappelle Duong Duc Thang. À Hoai Trung, les chanteurs s’y emploient chaque jour, pour que cuisine et chant continuent de résonner dans la région et bien au-delà.

Hoai Trung illustre, par sa cuisine rituelle et son art du chant, la manière dont le quan họ lie musique, gastronomie et protocole social. En préservant ces pratiques, la communauté transmet non seulement un savoir-faire culinaire et musical, mais aussi une éthique de l’hospitalité et du partage qui caractérise le patrimoine culturel de l'ancienne région du Kinh Bac./.

Texte et Photos: Viêt Cuong/Revue Vietnam Illustré - Traduction: Hà Vu

 


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