Les to he, figurines colorées en pâte de riz gluant, ont traversé les épreuves de l’histoire. Aujourd’hui, cet artisanat traditionnel est bien plus qu’un simple moyen de subsistance pour les vendeurs ambulants. Dans un nouvel environnement propice au développement, le village de to he de Xuan La, situé dans la commune de Phuong Duc, à Hanoï, bénéficie d’un nouvel élan grâce à la résolution n° 80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne.
Les to he, figurines colorées en pâte de riz gluant, ont traversé les épreuves de l’histoire. Aujourd’hui, cet artisanat traditionnel est bien plus qu’un simple moyen de subsistance pour les vendeurs ambulants. Dans un nouvel environnement propice au développement, le village de to he de Xuan La, situé dans la commune de Phuong Duc, à Hanoï, bénéficie d’un nouvel élan grâce à la résolution n° 80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne.
Des artisans qui perpétuent la tradition malgré d’immenses défis
Autrefois, les habitants de Xuan La fabriquaient des to he pour les cérémonies religieuses, avant de les
vendre sur les marchés et lors des festivals. Une fois modelée, chaque figurine
était comestible et dégageait un doux parfum de riz gluant. On y fixait ensuite
une tige de bambou. Lorsque les enfants soufflaient dedans, elle produisait un
son semblable à « to te to te », qui aurait donné son nom à cet artisanat : to
he.
Durant les années de guerre et la période de l’économie administrée, alors que le riz gluant était une denrée rare, cet
artisanat sembla voué à disparaître. Seules quelques familles du village
perpétuèrent la tradition, transportant leurs figurines à vélo et parcourant
Hanoï pour les vendre quelques dôngs pièce, afin de préserver ce savoir-faire
ancestral. Puis vint la période d’ouverture économique, marquée par l’arrivée
massive de jouets industriels sur le marché : poupées chantantes, voitures
télécommandées, jeux électroniques… Une fois de plus, les to he furent menacés
de disparition.
« J’ai été témoin de la période la plus critique pour le village artisanal. Souvent, alors que je
vendais mes créations dans le vieux quartier, je voyais des enfants courir
après des jouets importés, sans même prêter attention aux figurines
traditionnelles. Cela me brisait le cœur. Cet artisanat a permis à tout le
village de survivre pendant tant d’années difficiles. Pourquoi est-il
aujourd’hui ainsi oublié ? », confie l’artisan Nguyen Van Dinh, âgé de 66 ans.
Heureusement, alors que l’on pensait que les to he ne seraient bientôt plus qu’un souvenir pour les générations
précédentes, un groupe d’artisans passionnés décida de se mobiliser. En 2009,
le Club des artisans de to he de Xuan La fut créé. Initialement composé de 54
membres, il en compte aujourd’hui plus de 120, dont près de la moitié ont moins
de 30 ans. Une véritable renaissance s’est alors amorcée dans les foyers de
Xuan La, portée par des artisans déterminés à empêcher la disparition de ce
patrimoine ancestral.
De jeunes artisans du village de Xuan La, qui incarnent l’avenir de cet artisanat, s’emploient à créer de nouvelles versions de ce jouet traditionnel vietnamien tout en préservant l’essence de leur savoir-faire. (Photo : Thong Thien/VI)
Parmi eux figure l’artisan Dang Dinh Hon, qui pratique cet art depuis plus de 40 ans. Chaque
jour, il s’installe encore sous le porche de sa maison et façonne habilement la
pâte de ses mains. Je n’ai pas besoin de modèle : tout est déjà dans ma tête.
En quelques minutes, un dragon, un buffle ou un personnage de dessin animé
prend vie à partir d’une simple boule de pâte », confie M. Hon.
Les artisans ne se contentent pas de préserver les techniques ancestrales : ils s’emploient
également à renouveler leur savoir-faire. Dang Van Hau, l’un des plus jeunes
artisans du village, a ainsi fait ses valises un jour pour partir seul à
Saïgon. Il s’est ensuite rendu en Thaïlande pendant une semaine, accompagné
d’un interprète, afin d’y découvrir de nouvelles techniques de modelage. Il a
consacré plusieurs années à perfectionner la recette de la pâte.
Auparavant, les figurines ne se conservaient que quelques jours ou quelques semaines, avant de
moisir ou de se fissurer, ce qui limitait leur diffusion. Après des centaines
d’essais infructueux, Hau a finalement mis au point une nouvelle pâte, sans
danger pour la santé, qui permet aux figurines de conserver leur forme et leurs
couleurs pendant de nombreuses années.
Parallèlement, l’artisan renommé Nguyen Van Thanh, président du Club des artisans de to he de Xuan La, a été l’un des
premiers à introduire cet artisanat dans les établissements scolaires. Il a
collaboré avec des dizaines d’écoles primaires et secondaires, ainsi qu’avec
des universités de Hanoï, pour proposer gratuitement des ateliers de modelage
aux élèves.
Un dragon sinueux façonné dans la pâte illustre la maîtrise des techniques de modelage et de sculpture transmises de génération en génération par les artisans de Xuan La. (Photo : Thong Thien/VI)
Tout en continuant à façonner des figures traditionnelles, comme Sun Wukong, Saint Giong ou les
douze animaux du zodiaque, les artisans de Xuan La enrichissent constamment
leur répertoire en créant des personnages de dessins animés populaires, tels
que les Minions, Spider-Man ou Doraemon. L’objectif est de faire des to he des
jouets familiers aux yeux des enfants d’aujourd’hui, plutôt que de simples
souvenirs du temps de leurs grands-parents.
La reconnaissance des valeurs culturelles
Les efforts constants des artisans de Xuan La ont récemment bénéficié d’un nouvel élan avec la mise
en œuvre de la résolution n° 80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement
de la culture vietnamienne. Celle-ci souligne notamment la nécessité d’adopter
des politiques adaptées pour récompenser, honorer et soutenir les artisans
traditionnels, gardiens du patrimoine culturel immatériel national.
Les figurines traditionnelles en pâte de riz de Xuan La ont été présentées aux États-Unis, au Japon, au Royaume-Uni, au Laos, au Cambodge et en Chine. De nombreux artisans ont été invités à l’étranger pour faire des démonstrations de leur savoir-faire, contribuant ainsi au rayonnement de la culture vietnamienne tout en bénéficiant de revenus plus stables grâce à ces déplacements.
Dans le cadre de la mise en œuvre de cette résolution, Hanoï a prévu une série de mesures concrètes :
une aide ponctuelle de 40 millions de dôngs pour les artisans reconnus comme «
Artisans du Peuple », de 30 millions de dôngs pour les « Artisans d’élite » et
de 20 millions de dôngs pour les artisans de Hanoï ; une allocation pouvant
atteindre 500 000 dôngs par séance de formation ; ainsi que des programmes de
soutien aux espaces de pratique et à la promotion des produits des villages
artisanaux lors d’événements culturels nationaux et internationaux.
« Auparavant, nous espérions simplement obtenir un emplacement stable lors des festivals, sans devoir constamment nous
déplacer ni être considérés comme de simples vendeurs ambulants. Désormais,
grâce à la résolution 80, nous sommes moins préoccupés par les difficultés
matérielles et pouvons nous consacrer plus sereinement à la création et à la
transmission de notre savoir-faire aux générations futures », témoigne
l’artisan Dang Van Hau.
Pour le village de Xuan La, cette évolution signifie que le to he, figurine traditionnelle vietnamienne
en pâte de riz, n’est plus seulement un jouet populaire. Il devient aussi un
produit de tourisme culturel, un trait d’union entre le Vietnam et ses amis
internationaux, ainsi qu’un moyen de faire découvrir aux jeunes générations la
valeur du patrimoine légué par leurs ancêtres.
Aujourd’hui, les visiteurs de Xuan La ne se contentent plus d’observer les artisans vendre leurs créations sur les marchés
et les foires. Des dizaines de familles ont aménagé chez elles des espaces de
découverte et d’initiation, accueillant chaque année des dizaines de milliers
de touristes vietnamiens et étrangers.
Les visiteurs peuvent non seulement acheter de magnifiques to he, mais aussi s’initier au modelage
sous la conduite des artisans, écouter des récits sur les quelque 300 ans
d’histoire du village et découvrir la signification des couleurs et des motifs
inspirés des traditions populaires. Certains mois, la famille de l’artisan Dang
Dinh Hon accueille à elle seule plus de 60 groupes de visiteurs étrangers venus
du Japon, de France, des États-Unis et de République de Corée./.
Texte : Thông Thien/VI Photos : Công Dat, Khanh Long, Thông Hai/VI et VNA