Résolution en action

Le Vietnam réoriente sa stratégie d’IDE vers des investissements à forte valeur ajoutée

En reconnaissant les investissements directs étrangers (IDE) comme une composante indissociable de l'économie nationale, la Résolution n°10-NQ/TW du Bureau politique marque une évolution majeure de la politique vietnamienne d'attraction des capitaux étrangers. Les experts estiment que le pays privilégie désormais la qualité des projets, l'innovation et le transfert de technologies plutôt que le seul volume des investissements.

 La Résolution n°10-NQ/TW, adoptée le 8 juin 2026 par le Bureau politique sur le développement du secteur économique à capitaux étrangers, ouvre une nouvelle étape dans la stratégie vietnamienne en matière d’investissements directs étrangers (IDE). En qualifiant officiellement ce secteur de « composante importante de l’économie nationale », le texte traduit une évolution profonde de la vision du Vietnam, désormais tournée vers des investissements à forte valeur ajoutée, porteurs d’innovation et de technologies avancées.

Pour les experts, cette nouvelle orientation constitue un fondement politique majeur permettant au Vietnam de transformer son modèle d’attraction des IDE. L’objectif n’est plus seulement de privilégier les projets à forte intensité de main-d’œuvre, mais de sélectionner des investissements capables de favoriser le transfert de technologies, de renforcer l’autonomie économique et de soutenir une croissance durable.

 

Vue partielle du complexe pétrochimique de Long Son, à Hô Chi Minh-Ville. Photo: VNA

 

Bruno Jaspaert, président de la Chambre de commerce européenne au Vietnam (EuroCham), estime que la reconnaissance officielle des IDE comme une composante essentielle de l’économie nationale envoie un signal particulièrement fort aux investisseurs internationaux.

Selon lui, les entreprises européennes élaborent leurs stratégies d'investissement sur plusieurs décennies plutôt qu'à l'échelle de quelques trimestres. Cette clarification politique réduit ainsi les incertitudes et renforce leur confiance dans les perspectives de développement du Vietnam, les incitant à inscrire leurs activités dans une vision de long terme.

 

Même appréciation du côté des entreprises internationales. Bianca Wong, vice-présidente de FedEx pour l'Asie du Sud-Est, considère que la Résolution n°10 confirme la volonté du Vietnam de construire un environnement d'investissement stable, transparent et prévisible. Elle souligne que l'accent mis sur les investissements de qualité, l'innovation et une intégration plus profonde dans les chaînes de valeur mondiales correspond pleinement à la stratégie de développement à long terme du groupe au Vietnam. Selon elle, cette convergence de priorités favorisera non seulement la croissance des échanges commerciaux, mais consolidera également la place du Vietnam au sein des chaînes d'approvisionnement de haute technologie, où la rapidité, la fiabilité et la qualité constituent des critères déterminants.

 

Nguyen Ba Luan, représentant de Cargill au Vietnam, estime lui aussi que la nouvelle résolution reflète une transformation de la manière d'apprécier la valeur des IDE. Désormais, celle-ci ne repose plus uniquement sur le montant des capitaux investis, mais aussi sur les technologies transférées, les connaissances, les capacités de gestion et les synergies créées tout au long des chaînes de valeur. Cette évolution stratégique se reflète progressivement dans la structure des flux d'investissements. Conformément aux orientations de la Résolution n°10, le Vietnam cherche désormais à bâtir une plateforme nationale d'investissement fondée sur la qualité, l'efficacité, le transfert de technologies et l'intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

 

Les premiers résultats apparaissent déjà. Au cours des six premiers mois de 2026, le Vietnam a enregistré 34,6 milliards de dollars d'IDE, en hausse de 61 % sur un an. L'industrie manufacturière concentre à elle seule plus de 18,4 milliards de dollars, soit 53,3 % des capitaux enregistrés, confirmant l'attractivité persistante des secteurs industriels et technologiques. Parallèlement, les nouveaux projets sont de plus en plus encouragés à respecter les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), conformément à l'engagement du Vietnam d'atteindre la neutralité carbone à l'horizon fixé par le gouvernement.

 

Pour Bruno Jaspaert, la réussite de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité du Vietnam à poursuivre les réformes de son environnement des affaires. Les entreprises, souligne-t-il, doivent pouvoir consacrer davantage de ressources à l'innovation, à la transition écologique et à la formation, plutôt qu'à des procédures administratives complexes. L'efficacité de l'administration constitue ainsi un facteur déterminant de l'attractivité du pays.

 

Au-delà des réformes administratives, la question des ressources humaines apparaît comme le principal défi des prochaines années. Selon l'indice de confiance des entreprises (Business Confidence Index), la proportion d'entreprises préoccupées par la pénurie de talents est passée de 23 % au quatrième trimestre 2025 à 38 % au deuxième trimestre 2026.

 

Le Vietnam devra donc accélérer ses investissements dans la formation spécialisée, développer un vivier d’ingénieurs hautement qualifiés et renforcer les systèmes de certification et de contrôle conformes aux normes internationales, notamment dans les domaines liés au développement durable.

 

Pour Joel Hassan, enseignant en commerce international à l’Université RMIT Vietnam, l’enjeu réside également dans la capacité du pays à absorber efficacement les technologies transférées. Selon lui, cette capacité nécessite une coopération étroite entre les pouvoirs publics, les universités et les entreprises. Il juge indispensable de rapprocher les laboratoires universitaires des besoins de recherche et développement des entreprises à capitaux étrangers afin de favoriser une véritable diffusion de l’innovation dans l’économie.

 

Dans cette perspective, le modèle associant l’État, les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises apparaît particulièrement adapté au contexte vietnamien : les universités assurent la formation et la recherche, l’État crée un environnement favorable et réduit les risques, tandis que les entreprises jouent un rôle moteur dans l’application des innovations et la modernisation de la production.

 

La nouvelle place accordée aux IDE constitue avant tout un point de départ. Le succès de cette stratégie dépendra de la capacité du Vietnam à transformer ses orientations politiques en avantages compétitifs durables, fondés sur des infrastructures modernes, des ressources humaines qualifiées, l’innovation et une coopération renforcée entre les acteurs publics, universitaires et économiques.

À terme, la performance du pays ne sera plus évaluée uniquement à travers le volume des capitaux attirés, mais aussi par sa capacité à transformer les investissements étrangers en technologies, en savoir-faire et en moteurs durables de compétitivité et de croissance. -VNA/VI 


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