Face à la hausse des coûts de transport et aux exigences croissantes en matière de traçabilité, de données et de réduction des émissions, le Vietnam accélère les investissements dans les infrastructures logistiques et la transformation numérique afin de renforcer la compétitivité de ses produits agricoles et de soutenir la croissance des exportations.
Photo d'illustration. Photo: VNA
Les entreprises supportent également des coûts importants au niveau de la logistique intérieure. Selon Nguyên Van Muoi, secrétaire général adjoint de l’Association vietnamienne des fruits et légumes, environ 80 % des produits agricoles sont actuellement transportés par route, tandis que le transport fluvial intérieur et ferroviaire, moins coûteux, reste insuffisamment exploité.
Dans les principales zones de production, notamment dans le delta du Mékong et les Hauts Plateaux du Centre, les infrastructures reliant les zones de matières premières restent limitées. De nombreuses routes et ponts ne sont pas adaptés aux camions porte-conteneurs, obligeant les marchandises à passer par plusieurs étapes de transbordement avant d’atteindre les ports.
Par ailleurs, les principaux pôles commerciaux manquent encore de centres logistiques agricoles de grande envergure. Les services de prétraitement, d’emballage, d’entreposage frigorifique, de contrôle phytosanitaire et d’irradiation restent dispersés, ce qui allonge les délais de transport et accroît les coûts. Selon Nguyên Van Muoi, le transport représente actuellement environ 30 % du prix de revient de nombreux produits de fruits et légumes, dont près de 17 % pour la seule logistique intérieure.
Optimiser l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement
Dans un contexte où les coûts s’accumulent tout au long des chaînes logistiques nationale et internationale, les avantages compétitifs des produits agricoles vietnamiens risquent de se réduire. Il devient donc indispensable d’optimiser l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de la production jusqu’aux marchés d’exportation.
Nguyên Chi Dung, membre permanent de l’Association vietnamienne des entreprises de services logistiques (VLA), chargé de la logistique agricole, estime que les pays se livrent désormais une concurrence croissante sur la base d’infrastructures de données authentifiées. En l’absence d’un système interconnecté couvrant les zones de production, la logistique, le contrôle phytosanitaire, la certification carbone et les douanes, les entreprises restent confrontées à la nécessité de présenter des dossiers distincts à chaque étape, ce qui ralentit leur accès aux marchés.
Il est donc nécessaire d’accélérer la transformation numérique, de réduire le temps consacré au traitement des procédures et des documents, et de mettre en place une infrastructure d’authentification des données relatives aux exportations agricoles. La VLA recommande également d’adopter rapidement un mécanisme reconnaissant la valeur juridique des données numériques authentifiées dans les chaînes d’approvisionnement internationales.La réduction des délais de dédouanement constitue également une mesure importante pour diminuer les coûts logistiques. Parallèlement, les nouvelles exigences du marché européen, notamment le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), le règlement européen sur la lutte contre la déforestation (EUDR) et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), imposent des exigences accrues en matière de réduction des émissions et de transparence des données.Les entreprises doivent ainsi s’orienter vers une logistique verte, en garantissant la traçabilité et la disponibilité de données sur le parcours des marchandises, depuis les zones de production jusqu’au transport et à leur empreinte carbone.Renforcer l’autonomie dans le transport et la capacité d’adaptationDu point de vue du transport maritime, Nguyên Hoài Nam, secrétaire général de la VASEP, recommande au gouvernement de mettre en place un programme de développement de la flotte vietnamienne de porte-conteneurs et de conteneurs frigorifiques. Cette mesure permettrait de renforcer progressivement l’autonomie du Vietnam dans le transport de ses exportations, de réduire sa dépendance à l’égard des compagnies maritimes étrangères et de mieux faire face aux fluctuations du marché du fret maritime.Dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement mondiales sont de plus en plus exposées aux conflits géopolitiques et aux catastrophes naturelles, les entreprises doivent également élaborer des solutions de transport flexibles et éviter de dépendre d’un seul itinéraire.Selon Truong Xuan Trung, responsable du Bureau commercial du Vietnam aux Émirats arabes unis (EAU), alors que le détroit d’Ormuz reste exposé à des risques d’instabilité, les entreprises peuvent envisager d’utiliser des ports situés en dehors de cette zone, tels que Fujairah ou Khor Fakkan, afin de maintenir la circulation des marchandises. Bien que cette solution puisse entraîner des coûts supplémentaires, elle permet de réduire les risques d’interruption de la chaîne d’approvisionnement et de garantir les livraisons dans les délais.Les évolutions des chaînes d’approvisionnement mondiales montrent que la logistique n’est plus un simple maillon de soutien, mais constitue désormais un élément essentiel de la compétitivité des produits agricoles vietnamiens. Des investissements synchronisés dans les infrastructures logistiques, les données, le transport et la logistique verte contribueront à réduire les coûts, à renforcer la capacité des entreprises à satisfaire aux normes internationales et, ainsi, à ouvrir de nouvelles perspectives de croissance à la production et aux exportations agricoles dans les années à venir./.