Représentant entre 25 et 35 % des dépenses totales d’un voyage, la gastronomie constitue un facteur déterminant dans le choix des destinations touristiques. Le Vietnam entend désormais en faire un levier stratégique pour renforcer l’attractivité de sa marque touristique nationale et accroître sa compétitivité sur les marchés internationaux.
La gastronomie représente entre 25 et 35 % des dépenses totales d’un voyage, aujourd’hui l’un des principaux critères influençant le choix d’une destination par les voyageurs. Au-delà de son poids économique direct, elle contribue également au développement des industries culturelles, de l’économie créative, de l’économie nocturne, au renforcement des liens entre les régions et à l’allongement de la durée de séjour des visiteurs.
Un repas traditionnel reflétant profondément la culture de l’ethnie Thaï à Diên Biên. Photo: VNA
Le Vietnam dispose d’un patrimoine culinaire riche et diversifié, façonné au fil de milliers d’années d’histoire. Héritée des cultures des 54 groupes ethniques du pays, cette gastronomie englobe aussi bien la cuisine impériale que les traditions culinaires populaires, la cuisine de rue, les villages de métiers artisanaux et les spécialités locales. Cet ensemble constitue une ressource précieuse pour le développement du tourisme.
S’appuyant sur les expériences internationales et les tendances mondiales du secteur, l’Autorité nationale du tourisme du Vietnam (ANTV) a conseillé au ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de soumettre au gouvernement un projet de promotion du tourisme et de la gastronomie vietnamienne à l’étranger pour la période 2026-2030. L’objectif est de faire de la gastronomie l’élément central du positionnement de la marque touristique nationale et de renforcer la compétitivité de la destination Vietnam en Asie et dans le monde.
Dans un contexte de concurrence croissante entre les destinations, les autorités estiment nécessaire de renouveler les activités de promotion touristique en mettant davantage l’accent sur la découverte culinaire. Le projet fixe ainsi des objectifs, des indicateurs et des groupes de missions précis afin de faire du Vietnam l’une des cinq destinations gastronomiques les plus attractives d’Asie.
Selon Nguyen Thi Hoa Mai, directrice adjointe de l’ANTV, de nombreux pays tels que le Japon, la Thaïlande, la République de Corée, l’Italie ou encore la Chine ont élaboré des stratégies nationales ambitieuses en matière de tourisme gastronomique. Ces stratégies ne se limitent pas à la promotion des plats, mais valorisent également l’histoire, les coutumes et l’identité culturelle à travers chaque spécialité culinaire.
Le projet vietnamien s’inscrit dans cette approche en privilégiant la promotion du tourisme culturel gastronomique plutôt qu’une simple mise en avant des mets. « Chaque plat vietnamien renferme des valeurs historiques, culturelles et des savoirs locaux qui doivent être racontés à travers des histoires captivantes afin d’offrir aux visiteurs des expériences plus profondes », a souligné Nguyen Thi Hoa Mai.
Le Festival du banh mi 2026 à Hô Chi Minh-Ville. Photo: VNAParmi les mesures envisagées figurent la création d’une marque nationale dédiée au tourisme culturel gastronomique, le développement de rues gastronomiques répondant à des standards de qualité, l’amélioration des systèmes de certification, l’élargissement du réseau de restaurants vietnamiens à l’étranger, le renforcement de la promotion sur les marchés internationaux, le développement du tourisme halal ainsi que la coopération entre collectivités locales et entreprises pour concevoir de nouveaux produits touristiques.
Pour exploiter pleinement ce potentiel, les experts plaident pour une stratégie nationale unifiée permettant d’orienter, de coordonner et de valoriser les initiatives menées par les localités et les entreprises. Cette approche favoriserait la création d’un écosystème cohérent, professionnel et durable du tourisme culturel gastronomique.
Selon Hoang Thi Binh, directrice générale adjointe de l’Institut vietnamien de la culture, des arts, du sport et du tourisme, la gastronomie doit être considérée non seulement comme un élément de consommation, mais également comme une ressource culturelle, un actif créatif et un moteur de développement économique. Elle estime nécessaire d’améliorer la qualité des produits, de garantir la sécurité alimentaire, de renforcer la capacité à transmettre les récits culturels, de développer les marques et de perfectionner les activités de promotion.
Cette orientation devrait, selon les spécialistes, accroître la valeur de l’expérience touristique, contribuer à la préservation du patrimoine culinaire, générer des moyens de subsistance durables pour les communautés locales et renforcer la compétitivité du tourisme vietnamien.
Pour sa part, Le Thi Kim Phuong, directrice de l’École intermédiaire d’économie et de tourisme Hoa Sua, considère que la gastronomie constitue un avantage concurrentiel majeur du tourisme vietnamien. Toutefois, pour devenir un produit touristique durablement compétitif, il est indispensable d’améliorer la qualité des services et de mettre en place un système de normes harmonisé.
Elle recommande notamment l’élaboration de critères et de procédures standardisés pour les produits de tourisme gastronomique, le renforcement de la formation des ressources humaines et une coopération accrue entre les autorités, les entreprises, les établissements de formation et les communautés locales.
Elle appelle également à intensifier la transformation numérique dans la promotion et la gestion de la qualité afin de développer un tourisme gastronomique professionnel et durable. - VNA/VI