L’année 2025 marque un tournant avec la mise en œuvre de la Résolution N°57 du Politburo. Dans cette dynamique, l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam réaffirme son rôle de noyau dur dans le développement des sciences fondamentales et dans la promotion de partenariats internationaux au service de la maîtrise des technologies stratégiques du pays.
Académie des sciences et des technologies du Vietnam. Photo : vast.gov.vn
L’Académie des sciences et des technologies du Vietnam (VAST) érige la coopération internationale en pilier stratégique pour développer les sciences fondamentales et, pas à pas, s’approprier les technologies de souveraineté.
L’année 2025 marque un tournant pour l’ensemble du secteur des sciences et technologies avec la mise en œuvre de la Résolution N°57 du Politburo du 22 décembre 2024 sur les percées dans le développement de la science, de la technologie, l’innovation et la transformation numérique nationale. Dans cette dynamique, l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam réaffirme son rôle de noyau dur dans le développement des sciences fondamentales et dans la promotion de partenariats internationaux au service de la maîtrise des technologies stratégiques du pays.
Selon Trân Hông Thái, vice-président permanent de ladite académie, la Décision N°1131 du Premier ministre Pham Minh Chinh, promulguée le 12 juin 2025, fixe 11 groupes de technologies stratégiques et 35 produits phares, couvrant des domaines clés comme l’intelligence artificielle, la blockchain, les semi-conducteurs, les nouveaux matériaux, les énergies renouvelables, les biotechnologies et l’aérospatiale. Autant de secteurs déterminants pour la compétitivité, l’autonomie et le développement durable de l’économie à long terme.
À l’analyse de ces groupes, un principe s’impose : aucune technologie stratégique ne peut émerger et prospérer sans un socle solide de sciences fondamentales et un patient capital de connaissances accumulées. L’histoire mondiale des sciences et des technologies l’atteste.
Socle des technologies clés
Les 5e et 6e générations de réseaux mobiles (5G et 6G), par exemple, s’appuient sur des décennies de théories de l’information et des ondes radio. L’industrie des semi-conducteurs, colonne vertébrale de la révolution numérique, est née des recherches fondamentales en physique du solide. Quant à l’édition génomique CRISPR, l’une des percées biomédicales majeures du XXIe siècle, elle résulte d’explorations approfondies des mécanismes immunitaires des bactéries et de la structure de l’ADN.
Forte de ce constat, l’académie souligne que développer des technologies stratégiques revient, au fond, à investir sur le long terme dans les sciences fondamentales et les technologies clés. C’est la mission que le Parti, l’État et le gouvernement lui confient depuis un demi-siècle, et qui s’affirme avec des exigences accrues à l’heure d’une nouvelle phase de développement national.
À l’heure d’une mondialisation toujours plus poussée des sciences et des technologies, la coopération internationale s’impose comme l’un des piliers du développement des technologies stratégiques. Mais, pour l’académie, il ne s’agit pas de se limiter au transfert de technologies “clé en main” : l’enjeu central est de participer directement à la production de connaissances et de maîtriser les fondements scientifiques des technologies.
Cette approche offre trois bénéfices majeurs. Primo, elle permet au Vietnam d’accéder à des bases scientifiques avancées auxquelles le pays ne peut pas encore consacrer des investissements suffisants. Secundo, l’intégration à des réseaux de laboratoires et d’équipes de recherche internationaux réduit sensiblement le temps d’accumulation de connaissances et renforce les capacités de R&D. Tertio, elle favorise la formation des ressources humaines scientifiques dans des environnements internationaux, au contact des technologies de pointe et des méthodologies de recherche les plus récentes.
Dans cette optique, la coopération internationale ne se résume pas à des livrables scientifiques. Elle contribue surtout à bâtir des capacités endogènes en science et technologie, condition décisive pour s’approprier et développer, sur le long terme, des technologies stratégiques.
Forte de cette stratégie, l’académie a noué des partenariats ciblés avec de grands acteurs mondiaux. Dans l’énergie et les matériaux avancés, elle coopère étroitement avec la Fédération de Russie (Institut Kourtchatov en physique nucléaire, groupe Rosatom pour l’énergie atomique et Institut unifié de recherches nucléaires de Doubna) afin de développer et d’exploiter des équipements scientifiques de pointe. Parallèlement, elle élargit ses coopérations avec des partenaires européens, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, autour des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert et des nouveaux matériaux de conversion énergétique, autant de domaines clés pour la transition verte du Vietnam.
En biotechnologies et en biomédecine, l’académie a tissé des liens étroits avec des universités et instituts de réfé-rence aux États Unis, ainsi qu’avec la Royal Society au Royaume Uni, pour progresser vers la maîtrise de l’édition génomique et de la sélection variétale adaptée au climat. Elle s’inspire notamment de l’expérience de Cuba en matière de biopharmacie dans un contexte de ressources limitées ; en parallèle, elle reçoit des transferts de technologies de Russie et de République de Corée pour valoriser l’économie forestière et développer des matières premières “vertes” pour le textile à partir du bambou, contribuant ainsi à la transition écologique de l’industrie.
Trois orientations stratégiques
La Loi sur la science, la technologie et l’innovation, récemment adoptée par l’Assemblée nationale, introduit des mécanismes et politiques de rupture qui doivent offrir un cadre institutionnel propice à la libération du potentiel scientifique et technologique. Dans ce nouveau contexte, l’académie avance trois orientations stratégiques prioritaires.
Premièrement, investir dans des laboratoires conformes aux standards internationaux, en vue de constituer des plateformes d’excellence en technologies fondamentales. Ces laboratoires, ouverts par leur mode de fonctionnement, leurs équipements et leurs équipes, se veulent des pôles d’attraction pour les meilleurs scientifiques et les entreprises technologiques.
Deuxièmement, passer de coopérations internationales de courte durée et fragmentées à des programmes de long terme avec des groupes de recherche de premier plan dans le monde, afin d’assurer la continuité de l’accumulation de connaissances et du développement technologique.
Troisièmement, arrimer étroitement la coopération internationale à la formation et à l’essor de la relève scientifique, considérée comme un investissement stratégique pour bâtir un vivier d’experts capables de maîtriser et de développer les technologies de souveraineté.
Pour l’académie, les technologies stratégiques ne sauraient être acquises par le simple biais de l’importation. Leur essor exige une trajectoire patiente et durable, fondée sur trois piliers : un socle robuste de sciences fondamentales, des coopérations internationales substantielles et un capital humain de haute qualité.
En tant que principal centre de recherche du pays, l’établissement des sciences et des technologies du Vietnam poursuivra une coordination étroite avec le ministère des Sciences et Technologies et les autres ministères et organismes, afin de mettre en œuvre efficacement les dispositifs innovants de la nouvelle loi et d’apporter une contribution tangible au développement des sciences, des technologies et des filières stratégiques dans les années à venir./.