Malgré un taux de couverture d’assurance élevé (95%), les dépenses à la charge des patients restent importantes, notamment pour les médicaments et les services non intégralement remboursés. Les groupes vulnérables, tels que les personnes à faibles revenus, les personnes âgées vivant seules et les habitants des zones reculées, sont les plus touchés.
Le Dr Nguyên Huy Hoang met également en lumière les disparités persistantes d’accès aux soins entre les zones urbaines et rurales, ainsi que la saturation des hôpitaux de référence, ce qui, selon lui, témoigne des faiblesses des services de soins primaires et de prévention.
Selon cet expert, la saturation des hôpitaux de pointe n’est que la partie émergée de l’iceberg du système de santé vietnamien.
« En principe, les centres de soins primaires devraient prendre en charge la plupart des affections courantes, tandis que les hôpitaux de niveau supérieur se concentreraient sur les cas complexes », explique-t-il, ajoutant que dans les faits, c’est l’inverse qui se produit.
Les patients se rendent souvent dans les grands hôpitaux, même pour des pathologies bénignes comme l’hypertension ou le diabète, en raison d’une confiance limitée dans les soins de proximité et des systèmes de rémunération qui incitent ces établissements à fidéliser les patients.
Le Dr Nguyên Huy Hoang considère les politiques, au même titre que les ressources humaines et les infrastructures, comme un facteur déterminant de la qualité des soins, citant notamment le manque de personnel et de matériel médical dans les structures locales.
Il estime que la santé numérique et la télémédecine pourraient contribuer à réduire les inégalités d’accès aux soins, tout en plaidant pour une meilleure protection de l’assurance maladie pour les populations vulnérables. Selon lui, une gestion proactive de la santé et la généralisation des dossiers médicaux électroniques permettraient d’alléger la pression sur les grands hôpitaux et d’améliorer l’équité.
La prévention comme pierre angulaire
Des agents de santé informent les habitants de la commune de Le Loi, province de Lai Chau, sur l'efficacité des vaccins contre les maladies infectieuses. Photo : VNA
Trân Dac Phu, expert en médecine préventive au ministère vietnamien de la Santé, souligne que la mise en place d’un système de santé équitable, de qualité et durable constitue une priorité constante du Parti et de l’État dans le cadre du développement du pays.
Ce principe est particulièrement crucial dans le domaine de la santé, où l’objectif ultime est de garantir l’égalité d’accès aux services pour tous les citoyens, indépendamment de leurs revenus ou de leur lieu de résidence.
L’équité en santé, insiste-t-il, doit se traduire par un accès égal à la prévention, aux traitements et à l’information sanitaire. « La santé n’est pas seulement un bien individuel, mais une ressource nationale partagée », déclare-t-il, soulignant que l’équité doit se traduire par des politiques concrètes et des actions pratiques.
Il estime que l’équité en santé exige de donner la priorité aux groupes vulnérables tels que les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées.
Face au vieillissement rapide de la population vietnamienne, la politique démographique ne se concentre plus uniquement sur le contrôle des naissances, mais s’oriente désormais vers une approche « population et développement », étroitement liée aux soins de santé tout au long de la vie.
Cela signifie assurer une prise en charge continue depuis la grossesse jusqu’à la vieillesse, en veillant à ce que les services de santé soutiennent les personnes à chaque étape de leur vie.
Le gouvernement a mis en œuvre des programmes ciblés axés sur les zones défavorisées, isolées et montagneuses, apportant un soutien aux groupes à faibles revenus et élargissant l’accès aux soins médicaux et aux bilans de santé réguliers.
Garantir à chacun au moins un bilan de santé par an constitue une étape progressive vers l’équité en santé, affirme-t-il, ajoutant que les difficultés d’approvisionnement et d’appel d’offres, qui entraînaient auparavant des pénuries de matériel médical, sont progressivement résolues.
Trân Dac Phu souligne également que l’accent mis depuis longtemps sur le traitement a fait grimper les coûts et mis les hôpitaux à rude épreuve, compromettant leur viabilité. Un système véritablement durable, soutient-il, doit commencer par la prévention.
Il met en avant la résolution 72 du Politburo sur les soins de santé et la loi récemment adoptée sur la prévention des maladies comme des avancées politiques majeures, élargissant la prévention au-delà des maladies infectieuses pour inclure les maladies non transmissibles, la santé mentale et les facteurs de risque affectant la santé de la population.
La loi autorise également l’utilisation des fonds d’assurance maladie pour les services de prévention tels que les bilans de santé périodiques et le dépistage des maladies, marquant un changement dans les priorités financières.
Les soins de santé préventifs et primaires devraient demeurer des secteurs bénéficiant d’investissements publics importants, tandis que les services de traitement pourraient connaître une plus grande participation du secteur privé.
Pour la période 2026-2030, les experts prévoient que la santé numérique, les dossiers médicaux électroniques et un renforcement des soins de proximité permettront de réduire la pression sur les hôpitaux et de garantir l’accès aux soins pour tous.
L’objectif ultime n’est pas seulement d’allonger l’espérance de vie, mais aussi de l’améliorer, car une longévité associée à des maladies prolongées n’est ni durable ni équitable, conclut Trân Dac Phu./.