Après plus d'un siècle au service de la nation, la presse révolutionnaire vietnamienne entre dans une nouvelle phase de développement, profondément différente à presque tous les égards.
L’Agence vietnamienne d’Information (VNA) a l’honneur de présenter l’article du secrétaire général du Comité central du Parti et président de la République, To Lam, intitulé : « La presse révolutionnaire vietnamienne à l’ère numérique ».
Rencontre du secrétaire général du Parti et président de la République, To Lam, avec 101 journalistes exemplaire de 2026, le 16 juin à Hanoï. Photo: VNA
Après plus d'un siècle au service de la nation, la presse révolutionnaire vietnamienne entre dans une nouvelle phase de développement, profondément différente à presque tous les égards. L'espace numérique est devenu un élément essentiel de la vie quotidienne. Les technologies numériques, le big data, l'intelligence artificielle, les réseaux sociaux et les plateformes de communication transfrontalières ont profondément transformé la manière dont l'information est créée, diffusée, reçue et vérifiée.
Aujourd’hui, les individus apprennent, travaillent, communiquent, effectuent leurs achats, se divertissent, expriment leurs opinions et participent aux débats de société via les plateformes numériques. La circulation rapide et diversifiée de l’information offre de grandes opportunités pour la diffusion des connaissances, le développement de la démocratie sociale et l’innovation. Les grandes orientations du Parti, les nouvelles politiques de l’État et les informations positives peuvent désormais atteindre simultanément des dizaines de millions de personnes par de multiples canaux. La technologie rapproche la presse des citoyens et permet de recueillir leurs réactions plus rapidement.
Cependant, l’environnement numérique rend également la vie informationnelle plus complexe, davantage exposée aux émotions passagères, aux informations erronées, à la manipulation des algorithmes et aux activités de diffusion intentionnelle d’informations. Les fausses informations, les informations à moitié vraies et à moitié fausses, les contenus ambigus, les images et les enregistrements sonores falsifiés, les contenus générés par l’intelligence artificielle, les atteintes au droit d’auteur, les cyberattaques et le vol de données deviennent de plus en plus sophistiqués. Une information erronée peut se propager largement avant même que la vérité n’ait pu être vérifiée. Les déclarations sorties de leur contexte ou manipulées par montage peuvent porter atteinte à la réputation des personnes et des organisations, voire affecter la confiance de la population dans les politiques du Parti et de l’État.
Dans le nouvel ordre médiatique, la presse ne conserve plus une position quasi monopolistique dans la diffusion de l’information. À la fin de l’année 2025, le Vietnam comptait environ 85,6 millions d’internautes, soit 84,2 % de la population, ainsi qu’environ 79 millions d’identifiants d’utilisateurs sur les réseaux sociaux. Selon les statistiques les plus récentes, le nombre total de comptes vietnamiens sur les réseaux sociaux nationaux s’élève à environ 110 millions, contre quelque 203 millions de comptes sur les plateformes étrangères. Un tel environnement numérique offre à la presse la possibilité d’atteindre un public plus large que jamais, tout en l’obligeant à concurrencer directement le flux gigantesque de contenus produits chaque heure, chaque minute, par les plateformes et leurs utilisateurs. Dans l’espace numérique, pratiquement chaque individu peut diffuser des informations. Les comptes sur les réseaux sociaux peuvent également exercer une influence au sein d’une communauté donnée.
Cependant, cette évolution ne diminue en rien le rôle de la presse révolutionnaire. Au contraire, plus l’information est abondante, plus la société a besoin de sources fiables pour distinguer ce qui est vrai, ce qui doit encore être vérifié et ce qui relève simplement de l’émotion collective ou d’une mise en scène délibérée. Cela exige du professionnalisme, une pratique rigoureuse du métier et la capacité de résister à toutes les pressions. La presse doit être l’institution vers laquelle les citoyens se tournent lorsqu’ils ont besoin d’une information fiable et vérifiée, et non un acteur qui suit les tendances du moment. La société a besoin de références dignes de confiance pour comprendre correctement la réalité. Les citoyens ont besoin de savoir ce qui s’est passé, pourquoi cela s’est produit, qui en est affecté, où se situent les responsabilités et quelles solutions reposent sur des bases solides.
L’espace numérique a également besoin de productions journalistiques riches en données, diversifiées dans leur contenu, variées dans leurs modes d’expression et approfondies dans l’analyse des politiques publiques. De nombreuses questions actuelles, qu’il s’agisse de la transformation numérique, de la transition verte, de la réforme administrative, des politiques de protection sociale ou encore des évolutions de l’économie mondiale, sont difficiles à appréhender à travers de simples informations fragmentées. Dès lors, la responsabilité de la presse n’est pas seulement d’être plus rapide, mais avant tout d’être plus rigoureuse, plus approfondie et plus utile à la société.
Dans cette perspective, la transformation numérique de la presse ne peut se limiter à la création de nouveaux sites d’information, à l’ouverture de comptes sur les réseaux sociaux ou à l’acquisition d’équipements modernes. Elle doit s’accompagner d’une transformation globale des modes de gouvernance, de l’organisation des rédactions, des processus de production, de la gestion des données, de la diffusion des contenus, de l’analyse des audiences, de l’économie des médias et de la culture professionnelle. La presse numérique n’est pas simplement la presse traditionnelle transposée sur de nouvelles plateformes ; elle suppose une nouvelle organisation adaptée à un nouvel environnement. Au sein des rédactions, chaque œuvre journalistique doit être considérée comme un produit d’information poursuivant un objectif clairement défini. Toutes les formes d’expression doivent se conformer à une même exigence : exactitude, humanisme, vérification rigoureuse et sens des responsabilités. Il convient d’éviter une situation où le contenu demeure rigoureux sur les supports principaux mais devient plus permissif sur les plateformes secondaires. Plus le journalisme est présent sur de multiples plateformes, plus l’unité des normes professionnelles doit être préservée.
À l’ère du numérique, les données constituent l’un des piliers du journalisme. Les données ne se limitent pas à des chiffres ; elles sont le fondement de la vérification de l’information et un moyen de concevoir et de transmettre des productions journalistiques de manière plus convaincante et plus complète. Aujourd’hui, les grandes agences de presse et les organes de presse de référence dans le monde investissent massivement dans la constitution de bases de données et consacrent d’importantes ressources humaines à leur gestion. Lorsque les données sont bien structurées et efficacement administrées, le journalisme renforce son pouvoir de conviction et sa capacité à détecter les problèmes dès leur apparition.
Une autre question majeure est celle de la capacité d’initiative face aux plateformes transfrontalières. La presse doit être en mesure d’atteindre le public partout où celui-ci est présent, sur l’ensemble des plateformes, sans pour autant devenir dépendante d’algorithmes externes. Si les organes de presse se contentent de poursuivre les audiences et de s’adapter aux mécanismes de recommandation, ils risquent de perdre leurs données sur les lecteurs, leur maîtrise de la diffusion de l’information, leur identité propre et de s’exposer aux conséquences des changements d’algorithmes. Maîtriser l’espace numérique signifie savoir tirer parti des plateformes mondiales tout en développant ses propres canaux, sa propre communauté de lecteurs, ses propres données et sa propre marque de confiance.
C’est pourquoi la souveraineté informationnelle nationale doit être appréhendée de manière plus complète. La presse révolutionnaire doit constituer la force de premier plan dans la défense de cette souveraineté. La protection de la souveraineté informationnelle ne signifie pas le repli sur soi. Le Vietnam a besoin d’une presse extérieure numérique forte, multilingue et multimédia, capable de transmettre au monde les messages du pays dans un langage moderne tout en préservant son identité nationale. Les acquis du Renouveau, la culture nationale ainsi que la ligne de politique étrangère d’indépendance, d’autonomie, d’autosuffisance, de paix, d’amitié, de coopération et de développement doivent être présentés à travers des produits médiatiques attractifs, étayés par des données convaincantes.
Pour accomplir cette mission, la presse doit disposer de ressources lui permettant d’assurer un développement durable. L’économie de la presse numérique ne s’oppose ni à la vocation ni aux orientations de la presse révolutionnaire. Une presse dépourvue de ressources suffisantes aura du mal à investir dans les technologies, à protéger les droits d’auteur, à former ses ressources humaines et à retenir les talents. Toutefois, l’économie de la presse doit rester au service de sa mission et ne pas conduire les médias vers le sensationnalisme, la recherche du scandale, l’exploitation de la vie privée ou la marchandisation de l’information politique et sociale. La presse doit développer de nouvelles sources de revenus issues des abonnements numériques, des droits d’auteur, des données et des contenus à forte valeur ajoutée. Faute de construire un modèle économique numérique sain et durable, il lui sera difficile de préserver sa capacité d’investissement dans les contenus de qualité, l’investigation, l’analyse, la vérification de l’information et la protection des droits d’auteur.
Les droits d’auteur de la presse dans l’environnement numérique et à l’ère de l’intelligence artificielle doivent également faire l’objet d’une protection rigoureuse. Les contenus journalistiques sont le fruit d’un travail créatif, d’activités de terrain, de vérification, de révision éditoriale, d’investissements financiers et d’une responsabilité juridique. La copie, le découpage, l’exploitation, l’agrégation ou la commercialisation non autorisée de ces contenus affaiblissent les fondements économiques de la presse. Protéger les droits d’auteur, c’est protéger le travail honnête des journalistes ainsi que la qualité de l’information au sein de la société.
En définitive, la question essentielle demeure celle de l’être humain. Toutes les orientations et toutes les stratégies dépendent des hommes qui les mettent en œuvre. À l’ère numérique, le journaliste doit savoir travailler avec les données, les outils numériques, les réseaux sociaux, les sources ouvertes et les normes de sécurité de l’information. Plus les outils se multiplient, plus le journaliste doit faire preuve de discernement et de professionnalisme. Il convient d’éviter la pratique consistant à publier avant de vérifier ou à se laisser guider par les réseaux sociaux. Le journaliste ne doit jamais sacrifier sa crédibilité à la recherche de l’audience. Avant de publier une œuvre journalistique, il doit se poser trois questions essentielles : est-elle exacte ? Est-elle nécessaire ? Est-elle utile à la société ?
Les dirigeants des organes de presse doivent également évoluer. Le rédacteur en chef d'une rédaction numérique ne se contente plus de valider les contenus ; il doit désormais concevoir les stratégies relatives aux produits, aux données, aux publics, aux technologies et aux ressources humaines. Les organes de presse ont besoin d’une nouvelle culture de travail : professionnelle, rigoureuse dans la vérification des informations, réactive dans le traitement de l’actualité, ouverte à l’innovation, prête à expérimenter, mais sans jamais transiger sur les normes professionnelles. Le recyclage de l'équipe doit devenir une mission permanente, axée sur la vérification numérique, la sécurité des données, le journalisme multiplateforme, l'éthique de l'intelligence artificielle (IA) et le respect du droit de la propriété intellectuelle.
Dans le contexte où la Loi sur la presse n° 126/2025/QH15 entrera en vigueur le 1er juillet 2026, le perfectionnement du cadre institutionnel de la presse numérique est impératif. Ce cadre doit protéger le droit d'exercer conformément à la loi, encourager l'innovation et instaurer un corridor pour les rédactions numériques, l'économie de la presse numérique, le journalisme de données, la protection des droits d'auteur et l'usage responsable de l'IA. Parallèlement, la discipline de la presse doit être strictement maintenue ; les violations en matière d'information, de déontologie professionnelle ou l'exploitation de la presse à des fins lucratives doivent être rapidement traités.
Une mission urgente consiste à forger une capacité de vérification de l'information à l'échelle nationale. Une coordination étroite est nécessaire entre les autorités de gestion, les organes de presse majeurs, les experts technologiques, les établissements de formation, les plateformes et la communauté pour détecter, vérifier, alerter et réfuter les fausses nouvelles, les usurpations de propos ou d'images d'organes étatiques et les activités de désinformation. Ce réseau doit fonctionner avec rapidité, selon des processus clairs, en s'appuyant sur des données et des preuves pour convaincre le public.
Tout au long du processus de renouveau de la presse, le public doit être placé au centre. L'audience numérique actuelle ne se contente pas de recevoir l'information ; elle réagit fréquemment, questionne, contre-vérifie, suggère, fournit des données et exige une plus grande transparence. La presse doit savoir écouter sans toutefois céder aux émotions instantanées, respecter le débat mais refuser catégoriquement de tolérer les informations toxiques. Pour la jeunesse, la presse peut se renouveler afin de mieux l'approcher par des langages, des formats et des plateformes adaptés, sans jamais abaisser ses exigences qualitatives.
La presse révolutionnaire vietnamienne à l'ère numérique doit ainsi harmoniser fermeté politique et compétence technologique, idéal révolutionnaire et esprit d'innovation, combativité et humanisme, responsabilité nationale et capacité d'intégration. Maîtriser l'espace numérique ne se limite pas à des slogans, mais commence au sein de chaque rédaction, dans chaque processus de vérification, chaque base de données, chaque produit journalistique, chaque cours de formation et chaque comportement du journaliste devant le public.
À l'occasion de la Journée de la presse révolutionnaire vietnamienne, je souhaite que les organes de presse et chaque journaliste transforment la tradition révolutionnaire en moteur d'innovation. Les organes de presse doivent devenir des rédactions numériques modernes, des centres de données et de connaissances, ainsi que des adresses de confiance pour le peuple. Que les journalistes continuent d'être des combattants sur le front idéologique, culturel et informationnel numérique : fermes dans leur conviction, intègres dans leur éthique, profondément humains et maîtres de la technologie. Fort de cette orientation, je suis convaincu que la presse révolutionnaire vietnamienne continuera de contribuer dignement à la cause du service de la Patrie et du peuple dans l'ère numérique. -VNA/VI