Dans un contexte de fortes turbulences de l’économie mondiale et de concurrence accrue pour les flux de capitaux, le Vietnam accélère la mise en œuvre de sa stratégie visant à devenir un centre financier international et un maillon clé du système financier asiatique.
Le Dr Ho Quoc Tuan, maître de conférences en finance et comptabilité à l’Université de Bristol. Photo: VNA
Dans un contexte marqué par de fortes turbulences de l’économie mondiale et une concurrence accrue pour attirer les flux de capitaux, la création d’un centre financier international au Vietnam dépasse largement la dimension symbolique. Il s’agit d’un choix stratégique visant à poser les fondations d’une croissance durable et d’une intégration plus profonde dans l’économie mondiale. Cette ambition envoie surtout un message clair sur la place que le Vietnam entend occuper sur la carte financière internationale.
S’exprimant auprès de l’Agence vietnamienne d’information (VNA) à Londres, le Dr Ho Quoc Tuan, maître de conférences en finance et comptabilité à l’Université de Bristol, estime que le gouvernement vietnamien fait preuve d’une vision pertinente en lançant ce projet précisément à ce moment. Selon lui, il représente une opportunité majeure pour créer de nouveaux moteurs de croissance, en vue d’atteindre un objectif de croissance économique à deux chiffres dès 2026. Alors que l’économie mondiale traverse une période d’incertitudes, de nombreuses institutions financières internationales sont à la recherche de nouvelles destinations. La stratégie vietnamienne de développement d’un centre financier international, combinée à un engagement clair en faveur de l’ouverture économique, constitue un signal fort d’intégration accrue dans l’économie mondiale et ouvre des perspectives particulièrement attractives pour l’accueil de capitaux internationaux.
Le Vietnam dispose aujourd’hui de plusieurs atouts majeurs. En tant que pays arrivé plus tardivement dans cette compétition, il peut tirer des enseignements précieux de l’expérience de centres financiers établis tels que Singapour, la Malaisie, Hong Kong (Chine) ou Shanghai, afin d’en adapter les meilleures pratiques à son propre contexte et d’accélérer son développement. Par ailleurs, une main-d’œuvre jeune, capable d’assimiler rapidement les nouvelles technologies et de s’adapter aux mutations globales, représente un avantage déterminant pour construire un centre financier moderne, flexible et aligné sur les tendances internationales. Ces éléments renforcent la confiance des institutions financières mondiales, qui perçoivent à la fois la préparation stratégique et le potentiel évident du Vietnam.
Le Dr Ho Quoc Tuan, maître de conférences en finance et comptabilité à l’Université de Bristol. Photo: VNA
Le Dr Ho Quoc Tuan identifie trois axes de réforme prioritaires pour instaurer durablement cette confiance. Le premier réside dans l’engagement en faveur d’une croissance économique élevée, qui offre aux investisseurs internationaux une visibilité et des perspectives claires. Le deuxième concerne l’investissement dans les infrastructures, notamment les infrastructures vertes et la transformation numérique, en adéquation avec les tendances internationales. Le troisième axe, jugé décisif, porte sur le développement des ressources humaines de haute qualité et des capacités scientifiques et technologiques, en particulier dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la fintech.
À plus long terme, le Vietnam peut, selon l’expert, devenir un maillon essentiel du réseau financier asiatique, en participant activement à des services stratégiques tels que les paiements transfrontaliers et le financement des technologies émergentes.
Toutefois, pour concrétiser cette ambition, deux facteurs clés doivent être prioritaires. Le premier est le capital humain : il est indispensable de former et de constituer une main-d’œuvre capable d’innover et d’intégrer rapidement les nouvelles technologies. Le second concerne les infrastructures, qui doivent reposer sur des plateformes numériques avancées et des dispositifs de cybersécurité robustes, tout en s’appuyant sur un cadre juridique souple et propice à l’expérimentation précoce de nouveaux instruments financiers./.