Le Vietnam devrait procéder à une profonde réorientation de sa philosophie juridique, passant d’une approche limitant les actions explicitement autorisées à une approche garantissant la liberté d’entreprendre toute action non interdite par la loi. Ce changement permettra d’ouvrir un champ d’action beaucoup plus vaste à la créativité, à l’investissement et au développement, notamment dans le secteur privé.
Professeur Lê Van Cuong, directeur honoraire de recherche au CNRS. Photo: VNA
Les orientations économiques définies lors du 14e Congrès national du Parti, actuellement en cours, revêtent une importance à long terme pour la voie de développement à moyen et long terme du Vietnam, avec la priorité absolue accordée à la réforme institutionnelle.
Le professeur Lê Van Cuong, directeur honoraire de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et professeur honoraire à l’École d’économie de Paris, a fait ces propos lors d’un entretien avec l’Agence vietnamienne d’information (VNA) à Paris.
Il a estimé que le Vietnam devrait procéder à une profonde réorientation de sa philosophie juridique, passant d’une approche limitant les actions explicitement autorisées à une approche garantissant la liberté d’entreprendre toute action non interdite par la loi. Ce changement, a-t-il déclaré, sera fondamental et permettra d’ouvrir un champ d’action beaucoup plus vaste à la créativité, à l’investissement et au développement, notamment dans le secteur privé.
Concernant l’éducation et la formation, il a insisté sur l’urgence d’une réforme institutionnelle accordant une véritable autonomie aux établissements d’enseignement, en particulier en matière d’utilisation de leurs ressources, de formation et de recherche.
Il a déclaré qu’une véritable autonomie, associée à un mécanisme de supervision approprié, est essentielle pour rehausser la qualité de l’enseignement et de la production scientifique. Parallèlement, la mise en place de mécanismes robustes pour garantir l’intégrité et l’honnêteté dans la recherche est indispensable pour asseoir la crédibilité académique et maintenir la confiance du public.
Concernant le modèle de croissance, le chercheur a insisté sur la nécessité de passer d’une forte dépendance aux machines à une croissance fondée sur l’innovation. Il a constaté que l’approche précédente, caractérisée par une expansion rapide grâce à des investissements massifs, avait révélé des limites évidentes, notamment une faible efficacité chronique du capital.
Pour réaliser un progrès décisif, il a recommandé le renforcement des compétences de la main-d’œuvre dans des domaines fondamentaux tels que les mathématiques, l’ingénierie, les technologies numériques, la mécanique et l’économie, essentiels au développement des capacités d’innovation et à la compétitivité économique.
Tout en reconnaissant l’importance de développer des établissements de formation et de recherche de qualité, le professeur Lê Van Cuong a mis en garde contre le risque de limiter les efforts au seul secteur de l’enseignement supérieur. Il a préconisé des investissements parallèles dans des infrastructures de formation technique et professionnelle de pointe afin de répondre aux divers besoins du marché du travail et de soutenir directement la transition vers un modèle de croissance axé sur l’innovation.
Élargissant le débat à la politique économique, il a souligné les frictions dans les relations entre l’État et le secteur privé. Les contradictions politiques entre ces deux secteurs, a-t-il noté, continuent d’éroder l’efficacité économique globale. Des problèmes tels que la sous-optimisation de l’efficacité du capital, illustrée par un ratio capital/production élevé, et la dépendance persistante aux équipements de production importés exigent un examen plus approfondi dans le processus d’élaboration des politiques.
S’adressant aux communautés vietnamiennes de l’étranger, il a plaidé en faveur de politiques spécifiques, stables et novatrices pour attirer et mutualiser efficacement leurs compétences.
Attirer les experts et les scientifiques vietnamiens d’outre-mer, a-t-il expliqué, ne se résume pas à une question de revenus, mais surtout à l’environnement de travail, aux perspectives d’avancement professionnel et à leur rôle dans l’élaboration des politiques économiques nationales.
L’accueil des intellectuels vietnamiens d’outre-mer devrait s’accompagner de mécanismes d’évaluation transparents et rigoureux afin de vérifier leurs compétences et d’éviter les disparités de qualité, a-t-il ajouté.
Compte tenu de cela, il a suggéré la création d’établissements de recherche de qualité, dotés de bonnes conditions de travail et de liens étroits avec les instances décisionnelles. Ces structures permettraient aux experts de mener des études approfondies et de fournir des analyses, des conseils et des recommandations politiques pour soutenir le développement.
S’agissant de l’innovation et du progrès technologique, il a insisté sur la nécessité de définir des domaines prioritaires en adéquation avec les besoins socio-économiques réels du Vietnam. Bien que les expériences internationales offrent des enseignements utiles, il a mis en garde contre l’adoption aveugle de modèles étrangers ; les politiques doivent être adaptées au contexte, aux atouts et au niveau de développement propres au pays.
Le professeur Lê Van Cuong a également plaidé pour un renforcement des liens entre les universités, les organismes de recherche et les entreprises afin d’accélérer l’adoption et le transfert de technologies.
En conclusion, il a affirmé que ces questions méritaient une attention prioritaire lors du 14e Congrès national du Parti et devaient aboutir à des décisions politiques claires. Il a proposé que le gouvernement organise des tables rondes réunissant des intellectuels vietnamiens et internationaux afin de contribuer à définir l’orientation stratégique du pays pour cette nouvelle ère. -VNA/VI