Les stores en bambou : Un savoir-faire séculaire préservé dans le village de Tan Thong Hoi
Au cœur du rythme de vie de plus en plus moderne de la banlieue de Hô Chi Minh-Ville, le village de Tan Thong Hoi, dans la commune de Cu Chi, perpétue paisiblement les gestes d’un artisanat ancestral. À partir de simples tiges de bambou, grâce à l’habileté et à la patience des artisans, des stores en bambou portant l’âme de la campagne vietnamienne voient encore le jour quotidiennement, préservant ainsi la mémoire et l’identité de ce métier traditionnel face aux nombreux bouleversements de la vie contemporaine.
Le matin, au village artisanal, commence généralement avec le parfum du bambou fraîchement séché au soleil. Dans les petites ruelles menant aux ateliers, le bruit régulier des perceuses et le passage du fil à travers chaque lamelle de bambou rythment le quotidien, perpétuant un savoir-faire transmis depuis plusieurs générations. Les stores en bambou sont depuis longtemps associés aux maisons traditionnelles du Sud du Vietnam.
Sur cette matière naturelle, les artisans réalisent de nombreux motifs familiers : paysages ruraux, bambouseraies, rivières, anciens toits de tuiles ou encore calligraphies portant l’empreinte distinctive de la culture vietnamienne.
La fabrication d’un seul store nécessite de nombreuses étapes minutieuses. Après leur livraison, les bambous sont soigneusement sélectionnés : seuls les troncs matures, droits et résistants aux fissures, sont retenus. Ils sont ensuite nettoyés, traités par trempage afin de prévenir les attaques de termites, puis séchés au soleil pendant plusieurs jours. Plus l’exposition au soleil est régulière, plus la couleur du bambou devient belle, donnant cette teinte dorée caractéristique qui fait la renommée des stores de Tan Thong Hoi.
Une fois suffisamment secs, les bambous sont découpés en fines lamelles régulières. Le perçage exige une grande précision, car la moindre irrégularité peut affecter la finesse et l’esthétique du produit final.
Vient ensuite l’étape de l’assemblage, consistant à relier des centaines de lamelles de bambou à l’aide de fil de nylon ou de fil de pêche afin de former un store souple et résistant. Ce travail répétitif demande de longues heures d’efforts, de la patience et une grande dextérité.
L’étape la plus délicate reste toutefois la mise en forme et la peinture. L’artisan ne travaille pas sur une surface fixe, mais doit composer son motif sur des centaines de lamelles déjà assemblées. Il lui faut calculer précisément chaque détail afin que, lorsque le store est déroulé ou enroulé, l’image conserve son harmonie et sa continuité. La moindre erreur peut compromettre l’ensemble de la composition.
Aujourd’hui, les stores en bambou de ce village artisanal sont principalement exportés vers plusieurs marchés étrangers, notamment en Europe, aux États-Unis et au Japon. Leur prix varie généralement entre 150 000 et 300 000 VND, selon la taille et le degré de finition. Cependant, derrière cette beauté rustique se cachent de nombreux défis. L’évolution des habitudes de consommation entraîne une réduction progressive du marché des produits artisanaux.
Les matériaux industriels modernes, moins coûteux, plus pratiques et plus rapides à fabriquer, gagnent du terrain, tandis que la production d’un store en bambou artisanal nécessite plusieurs jours de travail pour une valeur économique limitée. L’approvisionnement en bambou devient également plus difficile, les coûts de transport augmentent et les jeunes générations s’intéressent moins à ce métier.
De nombreuses familles qui vivaient autrefois toute l’année de cette activité ne comptent aujourd’hui plus que quelques artisans âgés continuant à entretenir discrètement leurs ateliers. Néanmoins, dans un contexte de retour aux matériaux naturels et aux valeurs artisanales, les stores en bambou retrouvent progressivement leur place dans les intérieurs modernes, comme éléments décoratifs profondément liés à l’identité vietnamienne.
Certains jeunes artisans commencent également à introduire de nouveaux motifs, couleurs et styles afin d’adapter leurs produits aux goûts contemporains.
Les visiteurs étrangers sont souvent fascinés par la transformation de simples lamelles de bambou en objets délicats, élégants et porteurs d’une grande valeur artistique. L’attrait du village ne réside sans doute pas uniquement dans la qualité de ses produits, mais aussi dans le rythme de vie patient et méticuleux des artisans, qui travaillent chaque jour avec soin chaque petite lamelle de bambou.
Malgré les changements rapides de la société moderne, ils continuent d’assembler silencieusement chaque lamelle, comme pour préserver un fragment de la mémoire de la campagne du Sud vietnamien. Sous la lumière du soleil filtrant à travers ces rideaux dorés, la beauté de cet artisanat ancestral semble ainsi demeurer intacte./.
Texte et photos : Thong Hai/ Revue Vietnam Illustré














