DeSilk – Quand la soie devient un langage diplomatique

DeSilk – Quand la soie devient un langage diplomatique

Les matières premières ont une origine. L’histoire a une source. Qui sait les déchiffrer détient ces deux dimensions, culturelles et symboliques. Ensemble, elles fondent un positionnement qu’aucune autre marque de soie vietnamienne n’a encore atteint. C’est la voie qu’a choisie DeSilk pour élever la soie au rang de langage diplomatique.

Enfouie sous terre depuis près de sept siècles, une tuile émaillée bleue du début de la dynastie Lê a traversé les âges. Une tête de dragon en terre cuite, elle, veillait autrefois sur le toit de la citadelle impériale de Thang Long, sous la dynastie Ly. Aujourd’hui, ces vestiges ornent les soieries de Bao Lôc et accompagnent les diplomates vietnamiens aux quatre coins du monde. Tel est le parcours de DeSilk : transformer un héritage que l’on contemplait en trésor que l’on porte.

En octobre 2025, DeSilk a participé au programme « Sur les traces du patrimoine » du Festival mondial des cultures de Hanoï. Photo fournie par DeSilk
Mme Van Hang reçoit l’ambassadeur du Pakistan lors d’une visite au showroom de DeSilk. Photo fournie par DeSilk

1. Les fils de soie naissent des champs

L’élevage du ver à soie vietnamien n’est pas né dans l’enceinte d’une cour royale, mais dans les mûriers bordant les rivières Rouge, Day et Thu Bôn. Là, la terre alluviale s’accumule saison après saison, et le mûrier résiste aussi bien aux sols gorgés d’eau qu’aux périodes de sécheresse. La légende raconte que, sous le règne des rois Hùng, la princesse Thiêu Hoa enseigna au peuple la culture du mûrier, l’élevage du ver et le filage de la soie. Preuve, s’il en faut, que la soie vietnamienne est fille de la civilisation rizicole, née à l’époque où l’homme apprenait à lire les saisons, l’eau et le ciel.

C’est précisément cette origine agricole qui engendre le paradoxe fondateur de la beauté de la soie vietnamienne : la plus douce des étoffes est le fruit d’une patience infinie. Sa douceur envoûtante n’a rien d’un don de la nature ; elle couronne les vertus des paysans – la persévérance dans des gestes répétitifs et minutieux, où la moindre erreur est interdite.

Les motifs exclusifs de DeSilk s’inspirent de la nature, des fleurs, du patrimoine et de la culture traditionnelle vietnamienne. Photo : Trân Thanh Giang/VI
 

De cette origine naît, dans chaque région, une soie au caractère singulier. Van Phuc, sur les rives de la rivière Nhuê, est réputée pour sa soie à motifs – des motifs ni imprimés ni brodés, qui émergent du filage lui-même et ne se révèlent que sous un certain angle. Nha Xa, sur le fleuve Rouge, a préservé son savoir-faire malgré les crues successives. Ma Châu, dans la province de Quang Nam, doit sa renommée à la « reine de la soie » Doan Quy Phi, au XVIIe siècle. Plus à l’ouest, Tân Chau se distingue par sa soie My A, une soie noire teinte des centaines de fois à l’aide du fruit du « mac nua » (Diospyros mollis), jusqu’à obtenir un noir si profond qu’il scintille comme l’eau à la nuit tombée. Quant à Bao Lôc, sur le plateau de Lâm Dông, l’altitude et l’humidité produisent des fils fins, réguliers et lustrés. Plus récente comme source de matières premières, la région assure aujourd’hui environ 70 % de la production nationale de soie.

Un véritable trésor, que peu de pays sont parvenus à préserver intact : la matière première demeure, les villages d’artisans perpétuent leurs gestes, et une tradition que ni la guerre ni l’industrialisation n’ont jamais interrompue.

C’est de ce trésor qu’est née DeSilk. La marque a opté pour une soie 100 % naturelle de Bao Loc et pour un processus de fabrication entièrement maîtrisé, de la culture du mûrier à la distribution, en passant par l’élevage du ver, le dévidage, le tissage, la conception, l’impression et le contrôle qualité. L’enjeu de ce choix ne tient pas à une prétendue supériorité de la soie vietnamienne sur celle des autres pays, mais à la traçabilité de son origine – ce que le marché mondial du luxe considère aujourd’hui comme une composante essentielle de la valeur. À Paris comme à Tokyo, l’acheteur n’acquiert pas seulement un foulard ; il acquiert le droit de savoir d’où il vient et par quelles mains il a été tissé.

Quelques pièces emblématiques ornées de motifs du patrimoine vietnamien. Photo : Trân Thanh Giang/VI
Vue panoramique du showroom de DeSilk. Photo : Trân Thanh Giang/VI

Sur cette soie d’origine contrôlée, DeSilk utilise une technique d’impression qui produit un effet de dégradé en plusieurs couches, impossible à obtenir sur les métiers traditionnels. Il ne s’agit pas de supplanter le savoir-faire ancestral, mais d’offrir aux motifs décoratifs une dimension qui a manqué à la soie durant des siècles : la profondeur.

2. Des « pièces uniques »

Loin des poncifs qui font la mode des « inspirations orientalistes », DeSilk ouvre une autre voie. Chez la marque, chaque motif procède d’une véritable étude : un objet, une époque, une origine précisément documentés. L’écharpe cesse alors d’être un simple ornement pour devenir un témoignage. Celle ou celui qui la porte n’emporte plus une vague idée d’Orient, mais un fragment identifiable de l’âme de Thang Long.

Les produits DeSilk séduisent les touristes internationaux. Photo : Trân Thanh Giang/VI
 

Lancée en octobre 2025, la collection « Thang Long – Traces du Temps » fait dialoguer artefacts et fils de soie. Chacun de ses sept motifs, désigné par un binôme de caractères sino-vietnamiens, renvoie à un artefact réel, un objet historique, un morceau de patrimoine. « Liêm Diêm » reproduit ainsi les têtes de dragons en terre cuite qui ornaient les toits des palais de la dynastie des Ly, où le feu et l’eau – les deux forces fondatrices de la civilisation rizicole – s’enlaçaient dans une même danse. « Long Vân » tire son nom des têtes de dragons de pierre qui gardaient les degrés et les portes. « Sen An » s’inspire des carreaux de faïence bleue à motifs de dragons du début de la dynastie Lê. Quant à « Thanh Ky », il ne décalque aucun objet précis : il naît directement des remparts de la ville, de leur patine, de leurs fissures et de leurs écailles laissées par le temps.

En 2010, l’UNESCO inscrivait la citadelle impériale de Thang Long au patrimoine mondial. Conséquence de taille : ces tuiles de la dynastie Lê et ces têtes de dragons appartiennent désormais au patrimoine commun de l’humanité, à préserver au même titre que les temples d’Angkor Vat, Kyoto ou Florence. Or, jusqu’à présent, ces trésors ne se voyaient qu’en deux lieux : sous terre et dans les vitrines des musées. Avec la soie, DeSilk les fait sortir de ce double écrin pour les révéler au monde – une lacune qu’une marque vietnamienne peut pleinement combler.

Cette démarche a gagné encore en crédibilité en janvier 2024, lorsque DeSilk a signé un accord de coopération avec le Musée des Beaux-Arts du Vietnam, ouvrant la voie à une collection de motifs bénéficiant d’une autorité académique reconnue. Auparavant, la maison avait déjà exploré le toit de la pagode Keo (province de Hung Yên), l’art de la laque incrustée de coquille d’œuf, la dorure à la feuille, les statues d’arhat et les fleurs de lotus...

3. Décodeur de patrimoine

Derrière ces collections, un regard singulier : celui de Minh Pham, directeur artistique de DeSilk. D’origine vietnamienne, il a grandi en Suisse et s’est formé à Paris. Son approche transparaît dans chacune de ses créations.

Dans « Thanh Ky », il ne gomme pas les fissures ni les zones écaillées des murs de Thang Long : il les dédouble, les célèbre même, et transforme les stigmates du temps en rythme visuel. Dans « Long Vân », il renonce au dragon puissant et triomphant pour en sonder la nature douce et protectrice. De ces créations émerge une technique récurrente – la réflexion, la symétrie, le kaléidoscope – devenue la signature de la maison.

C’est là tout un art du décodage : moins conserver l’enveloppe du patrimoine que préserver son essence. Cette sensibilité ne s’arrête pas aux antiquités. « Danse de la Nature » s’inspire ainsi de la feuille de bétel déployée vers la forêt tropicale ; « Printemps », des couleurs vives des fleurs de Hanoï en janvier et février. Chaque collection exige trois à six mois de recherche et de création, un rythme inhabituel dans une industrie de la mode où tout s’accélère – et c’est précisément ce qui distingue DeSilk : la recherche avant la création.

Mme Van Hang, fondatrice de la marque de soie haut de gamme DeSilk. Photo fournie par DeSilk
Chaque motif des tissus de soie DeSilk s’inspire du patrimoine vietnamien. Photo : Trân Thanh Giang/VI
DeSilk lors d’un événement à l’ambassade des États-Unis. Photo fournie par DeSilk
DeSilk à l’EXPO 2020 de Dubaï. Photo fournie par DeSilk
 

Les matières ont une origine, l’histoire a une source, et le décodeur réunit ces deux dimensions culturelles. Trois éléments qui composent un positionnement unique, qu’aucune autre marque de soie vietnamienne n’a su atteindre. Depuis 2021, ses créations ont été présentées aux ambassadeurs et à leurs épouses au Vietnam, exposées à l’EXPO 2020 de Dubaï et, en octobre 2025, mises à l’honneur lors du programme « Sur les traces du patrimoine » du Festival culturel mondial de Hanoï, en présence de 48 pays et territoires. Autant de vitrines précieuses pour une soie devenue langage diplomatique./. 

  • Texte: Hoàng Tuê Nhi
  • Photos: Trân Thanh Giang/VI & Archives fournies par DeSilk

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