Delta du Mékong : le chapeau conique de Thoi Lai, un héritage qui traverse le temps

Delta du Mékong : le chapeau conique de Thoi Lai, un héritage qui traverse le temps

Dans la commune de Thoi Lai, à Can Tho, dans le delta du Mékong, un artisanat traditionnel vieux de plus de 70 ans résiste discrètement à la modernité. La fabrication des chapeaux coniques y est perpétuée par des mains patientes, notamment celles des sœurs Tran Thi Nam (65 ans), Tran Thi To (68 ans) et Tran Thi Tra (72 ans), gardiennes d’un savoir-faire transmis depuis des décennies.

La confection de chapeaux coniques permet aux femmes du district de Thoi Lai, dans la ville de Can Tho, de gagner un revenu d’appoint pendant leur temps libre. Photo : Thu Hiên/VNA

Un métier qui ne rapporte guère — chaque chapeau se vend environ 110.000 dôngs — mais qui procure la fierté de faire vivre l’héritage des ancêtres. Un geste simple en apparence, mais qui exige minutie et patience. Chaque artisane ne produit qu’un seul chapeau par jour, travaillant principalement durant son temps libre, entre deux récoltes ou lorsque les tâches agricoles et ménagères lui laissent un peu de répit.
L’étape la plus délicate, confie Mme To, est l’assemblage du bord : la fixation de celui-ci au moule avant la pose des feuilles. C’est cette opération qui détermine la régularité de la forme ronde, condition essentielle à la réussite du chapeau. Du choix des feuilles à la régularité des coutures, chaque détail compte afin d’allier solidité et esthétique.

La fabrication d’un chapeau conique comprend plusieurs étapes : réalisation de l'armature, confection du bord, pose et rotation des feuilles — une opération exigeant une grande habileté pour aligner parfaitement les différentes couches — puis couture et renforcement du bord. Photo : Nguyên Luân/VI

Aujourd’hui, la production se fait principalement sur commande pour des commerçants. Selon les anciens du village, cet artisanat remonte à plus de 70 ans et a donné naissance à une coopérative regroupant une trentaine de familles. Cette structure renforce les liens entre les artisans et assure des revenus à de nombreuses femmes d’âge mûr ou âgées de la région.

 

Au fil du temps, les techniques ont évolué afin de répondre à l’évolution des goûts des consommateurs. Ainsi, les artisans sont passés du chapeau traditionnel à 15 cercles à un modèle à 16 cercles, inspiré du style de Hué.

La particularité des chapeaux coniques de Can Tho réside dans les matériaux utilisés et les techniques de fabrication. Les artisans emploient des feuilles de palmier, réputées pour leur résistance et leur surface lisse, associées à une armature en bambou afin de créer des chapeaux à la fois solides et durables. 

Les sœurs Tran Thi Nam (65 ans), Tran Thi To (68 ans) et Tran Thi Tra (72 ans) sont de véritables gardiennes du savoir-faire traditionnel. Depuis des décennies, elles se consacrent avec passion à la confection des bords de chapeaux. Photo : Lê Minh/VI
 

La fabrication d’un chapeau conique comporte plusieurs étapes : construction de la structure, confection du bord, disposition des feuilles - une opération qui exige une grande habileté pour aligner parfaitement les différentes couches - couture et renforcement des bords. Une fois achevé, le chapeau est recouvert d’une couche de vernis afin d’améliorer sa durabilité et son imperméabilité.

On distingue deux grandes catégories : les chapeaux de campagne, robustes et dotés de larges bords pour une meilleure protection contre le soleil, et les chapeaux de sortie, plus esthétiques, réalisés avec des feuilles soigneusement sélectionnées et des coutures plus raffinées. Ces derniers, vendus sur les marchés, atteignent des prix plus élevés et sont souvent l’œuvre des artisans les plus expérimentés.

La confection de chapeaux coniques permet aux femmes du district de Thoi Lai, dans la ville de Can Tho, de gagner un revenu d’appoint pendant leur temps libre. Photo : Thu Hiên/VNA
 

Mais le chapeau conique est bien plus qu’un simple accessoire protégeant du soleil et de la pluie. Dans le delta du Mékong, l’image des femmes coiffées de ce couvre-chef est devenue un symbole familier, étroitement associé à la vie paisible des bords du fleuve. Pour Mme Nam, Mme To et Mme Tra, chaque chapeau porte en lui des souvenirs, une part d’affection familiale et l’essence même de l’artisanat villageois.

Chaque jour, les bords des chapeaux continuent d’être cousus, lentement mais avec persévérance. Et dans chaque point réalisé par ces femmes ayant consacré plus de la moitié de leur vie à cet artisanat se tisse non seulement le fil reliant les couches de feuilles, mais aussi celui qui unit le passé au présent, préservant la beauté simple et profonde du Sud-Ouest du Vietnam./.

Texte: Trung Khanh - Photos: Lê Minh,  Nguyen Luân/VI, Thu Hien/VNA - Traduction: Hà Vu


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