De la vision du Parti au nouveau paysage urbain : l’empreinte de l’architecte Tran Ngoc Chinh
Dans le contexte d’une transition majeure du Vietnam - de l’urbanisation extensive à un développement urbain intégré et durable -, Tran Ngoc Chinh incarne une approche résolument institutionnelle de l’urbanisme. Président de l’Association vietnamienne de l’urbanisme et du développement urbain, ancien vice-ministre de la Construction, il représente une vision réformatrice qui pose les fondations d’un aménagement urbain pérenne, adapté aux défis du XXIᵉ siècle.
Un stratège au service de l’avenir des villes vietnamiennes
Le parcours de Tran Ngoc Chinh, figure centrale de la planification urbaine nationale, illustre une inflexion majeure : privilégier la qualité, la durabilité et l’adaptabilité des systèmes urbains face aux mutations socio-économiques, plutôt que la seule vitesse de croissance.
Issu de la première promotion d’architectes de l’Université de la Construction (créée en 1966), il s’est très tôt orienté vers la gestion et la planification à grande échelle. Plutôt que de se limiter à des projets architecturaux individuels, il a concentré son action sur l’urbanisme et le développement national, occupant notamment la direction de l’Institut national d’urbanisme et d’aménagement rural à partir de 2001.
Pour de nombreux partenaires et experts internationaux, son apport ne réside pas dans des réalisations isolées, mais dans une construction institutionnelle solide : systèmes de politiques, cadres juridiques, orientations spatiales qui structurent le paysage urbain vietnamien à travers ses différentes phases de développement.
Tran Ngoc Chinh insiste régulièrement sur le fait que le principal obstacle aujourd’hui ne réside ni dans le capital ni dans la technologie, mais dans les blocages institutionnels et juridiques. Il appelle à une réforme profonde et à l’adoption d’un cadre légal cohérent et complet, capable de garantir un développement durable sur le long terme. Les incohérences entre les lois majeures – planification du territoire, investissement, foncier – génèrent chevauchements, incertitudes et risques, notamment pour les investisseurs étrangers qui recherchent un environnement clair, stable et transparent.
Selon lui, l’aménagement urbain est piloté de manière stratégique par le Parti, comme l’illustre la Résolution n° 06 sur le développement durable du système urbain vietnamien d'ici 2035 (vision à l’horizon 2045). Cette approche vise à répondre aux besoins spécifiques de chaque période et de chaque région, tout en s’inscrivant dans les grandes tendances mondiales et l’intégration croissante du Vietnam dans la communauté internationale.
Les villes intelligentes occupent une place centrale dans sa réflexion récente, notamment depuis la publication du décret gouvernemental n° 269/2025/NĐ-CP. Pour Tran Ngoc Chinh, la technologie ne déploie son plein potentiel que lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre de gouvernance moderne, soutenu par des normes claires et une forte capacité d’adaptation.
Un modèle de développement régional équilibré et ambitieux
Sa vision dépasse la simple réforme des politiques publiques : elle ambitionne de redessiner l’espace national pour absorber la pression démographique et infrastructurelle, particulièrement forte à Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville. Il défend un modèle plus équilibré, plaçant les villes-province au cœur d’une dynamique durable à grande échelle, et encourage l’exploitation des atouts spécifiques de chaque région – littoraux, forêts, ressources naturelles – pour créer de nouveaux pôles de croissance fondés sur les avantages comparatifs locaux, plutôt que sur un modèle uniforme.
Engagé dans le développement urbain depuis 1975, Tran Ngoc Chinh a marqué de son empreinte de nombreux projets d’aménagement à travers le pays. Parmi les plus emblématiques figure la planification de l’île de Côn Dao, entreprise dans sa trentaine, qui a transformé un territoire marqué par un passé douloureux en une destination touristique de premier plan. Il évoque ce chapitre avec une émotion particulière.
Autre jalon majeur : l’extension de la capitale Hanoï après la fusion avec Ha Tây, réalisée alors qu’il était vice-ministre de la Construction. Cette étape était, selon lui, indispensable pour faire de Hanoï une capitale multifonctionnelle – centre politique, économique, culturel, scientifique, technologique et international – dotée d’une identité propre, à la hauteur des grandes métropoles mondiales.
Ces contributions de longue date ont été reconnues par son élection au titre de Citoyen d’honneur de Hanoï en 2025. Pour Tran Ngoc Chinh, l’urbanisme n’est pas seulement une discipline technique : c’est une vocation au service du développement national et du bien-être des générations futures. Il affirme que les urbanistes doivent maîtriser le droit, l’histoire et la culture tout en s’appuyant sur les sciences et les technologies modernes, afin que les projets ne restent pas de simples documents, mais se traduisent en réalités concrètes au bénéfice des populations.
À travers son parcours et son approche institutionnelle, Tran Ngoc Chinh incarne une vision du Vietnam qui articule réforme, durabilité et déploiement équilibré sur l’ensemble du territoire. Son travail illustre une transition décisive : d’une urbanisation souvent spontanée vers une urbanisation réfléchie, guidée par des cadres juridiques solides et une gouvernance moderne – un modèle qui peut inspirer non seulement le Vietnam, mais aussi de nombreux pays en voie de développement urbain rapide./.
Texte: Thao Vy - Photos: Công Dat et Archives fournies par Tran Ngoc Chinh
Traduction: Hà Vu










