14e Congrès du Parti : un message de stabilité et d'équilibre dans un monde en pleine mutation

14e Congrès du Parti : un message de stabilité et d'équilibre dans un monde en pleine mutation

L’ancien ambambassadeur de France au Vietnam, Claude Blanchemaison. Photo: VNA

Alors que la scène internationale bascule rapidement vers une configuration multipolaire, marquée par une intensification de la compétition stratégique entre les grandes puissances et la révolution technologique, le 14e Congrès national du Parti communiste du Vietnam (PCV) suscite une attention particulière de la part de la communauté internationale. Cet événement majeur est perçu comme un jalon important, reflétant les orientations de développement et les choix stratégiques du pays dans la nouvelle ère.

A cette occasion, l’ancien ambambassadeur de France au Vietnam, Claude Blanchemaison, auteur du livre « Fragments d’un parcours aventureux » aux Editions Temporis, a accordé une interview à l’Agence vietnamienne d’Information (VNA). Voici le contenu de cet entretien:

1.- Le XIVe Congrès national du Parti communiste du Vietnam est attendu comme un moment clé pour définir les grandes orientations du développement du pays dans une nouvelle phase. Fort de votre longue expérience et de votre connaissance du Vietnam, comment évaluez-vous l’importance de ce Congrès dans le contexte régional et international actuel, marqué par de profondes mutations ?

En effet, il se confirme que le monde est devenu multipolaire et que les grandes puissances ont aujourd’hui la tentation de s’affirmer chacune dans sa zone d’influence régionale. Le comportement de certaines d’entres elles conduit à penser que les rapports de force pourraient prendre le pas sur le droit international.

Par ailleurs, la révolution technologique ne se manifeste plus seulement dans le domaine du numérique, mais aussi par le développement de l’Intelligence Artificielle.

Dans ce contexte, il est essentiel de rappeler l’importance du respect des principes de la souveraineté nationale de chacun des Etats et de leur intégrité territoriale, consacrés par l’Organisation des Nations-Unies. De la même manière, il faut s’attacher au respect de la liberté de circulation en haute mer et dans les détroits, notamment pour assurer la fluidité des échanges commerciaux.

Dans le même temps, il convient de multiplier les accords de coopération ad hoc, pour valoriser les synergies bilatérales et régionales.

L’objectif global doit être de privilégier la stabilité politique et le développement économique, ce qui implique de lutter contre la formation de blocs antagonistes.

2.- Le Congrès devrait débattre et adopter des orientations majeures en matière de développement économique, de perfectionnement institutionnel et d’intégration internationale. Selon vous, quel impact ces orientations pourraient-elles avoir sur place et le rôle du Vietnam dans la région et sur la scène internationale ?

Le Vietnam a parfaitement réussi son intégration dans le cadre de l’Association des Pays du Sud-Est Asiatique (ASEAN). Il promeut, dans ce cadre régional, des coopérations pragmatiques entre Etats-membres, dans tous les domaines où cela s’avère possible.

Par son développement économique spectaculaire, le Vietnam est devenu un pôle d’attraction pour les investissements étrangers, qui recherchent la stabilité, une main-d’oeuvre qualifiée et des perspectives d’exportation à travers les nombreux accords de libre-échange conclus par le Vietnam. Tous les investisseurs étrangers seront attentifs aux signaux envoyés par le Congrès pour assurer la stabilité et pour ouvrir des perspectives nouvelles de coopération dans les technologies de pointe.

L’esprit d’entreprise des Vietnamiens, les succès économiques du pays et la place que celui-ci tient dans sa région et dans le monde ont conduit le Vietnam à devenir un acteur de premier plan sur la scène internationale.

Sa diplomatie est également respectée au sein des grandes Organisations Internationales, et notamment au sein des Agences appartenant à la famille des Nations-Unies.

Le secrétaire général du Parti, Tô Lâm, et son épouse Ngô Phuong Ly, le président français, Emmanuel Macron, et son épouse Brigitte Macron, au Temple de la Littérature - Quôc Tu Giam. Photo: VNA

3.- Du point de vue d’un ancien diplomate ayant exercé au Vietnam, quels messages le XIVe Congrès pourrait-il, selon vous, adresser à la communauté internationale, notamment en ce qui concerne la stabilité politique, le développement durable et la politique étrangère du Vietnam ?

Le monde attend aujourd’hui du Vietnam qu’il poursuive sa politique de conclusion d’Accords de coopération avec tous les pays qui lui proposent un secteur ou un segment d’activité privilégié, pour développer leurs relations.

Le Vietnam a démontré sa capacité à assurer une stabilité politique. Il a récemment commencé à développer une politique de protection sociale, qui

s’étendra progressivement à tous les risques-maladie de ses citoyens. Le pays a, par ailleurs, développé une politique d’ouverture aux diasporas vietnamiennes qui existent aux Etats-Unis, en France et dans beaucoup d’autres pays.

Le risque climatique est perçu au Vietnam comme particulièrement important. Une partie du delta du Mékong risque d’être submergée par l’eau salée des océans, il s’agit là d’un problème majeur auquel le pays doit faire face, en coopération avec d’autres pays et notamment tous les pays riverains du grand fleuve.

Le Vietnam étant aujourd’hui un pays courtisé par la plupart des grandes nations, il devra savoir faire la prevue de sa capacité à maintenir un équilibre dans les relations qu’il entretient avec celles-ci.

4.- Au regard des grandes orientations qui devraient être adoptées lors du XIVe Congrès, quels sont, selon vous, les domaines de coopération franco- vietnamienne offrant le plus fort potentiel de développement dans les années à venir, notamment dans les secteurs économique, scientifique et technologique, de l’éducation-formation et de la transition verte ?

La coopération entre la France et le Vietnam doit s’orienter principalement vers les secteurs d’avenir. L’ouverture de nos Grandes Ecoles et de nos Centres d’excellence universitaires aux étudiants vietnamiens devrait être amplifiée et prolongée par des stages professionnels sur place, avant le retour des bénéficiaires au Vietnam.

Il ne faut pas négliger les secteurs traditionnels de formation, comme les mathématiques, la médecine, le droit et la gestion économique, mais il faut les prolonger dans les domaines nouveaux comme ceux de la transition écologique et de l’Intelligence Artificielle. En particulier, il faut perfectionner le système juridique en vue de la protection de la propriété intellectuelle, de la protection des données personnelles et aussi pour faire face à l’émergence de nouveaux types de contentieux liés à l’IA, afin de favoriser l’innovation durable au Vietnam.

Et puis, le Vietnam étant en plein développement, y compris dans des secteurs de pointe, il conviendrait de developper l’accueil d’étudiants français dans les centres d’excellence vietnamiens. C’est par ces échanges que nous pourrons construire une relation durable.

5.- Alors que les relations entre le Vietnam et la France connaissent une dynamique positives et de plus en plus substantielle, dans quelle mesure le XIVe Congrès pourrait-il, selon vous, créer de nouveaux leviers pour approfondir davantage le partenariat bilatéral, tant au niveau des relations directes entre les deux pays que dans le cadre de la coopération entre le Vietnam et l’Union européenne?

Le Vietnam et la France ont engagé, encore timidement, une coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense. Il s’agit là d’un vaste champ, ou beaucoup reste à faire, tant dans le domaine de la formation des cadres, et notamment des officiers, que dans celui de l’Observation et du Renseignement, y compris par voie de satellites, ainsi que dans le domaine des systèmes d’armements défensifs.

Traditionnellement, la France a tenu à promouvoir les relations entre le Vietnam et l’Union Européenne, qui ont notamment été marquées par un Accord de Libre-échange, de garantie des investissements et de coopération. Plusieurs de nos partenaires européens souhaitent également appuyer ce développement des relations entre le Vietnam et l’Union Européenne. Et pourquoi ne pas suggérer l’ouverture d’un dialogue politique sur les questions de sécurité ? 

 



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