13/03/2017 15:22 GMT+7 Email Print Like 0

Khuât Thi Haï Oanh, une vie aux côtés des personnes marginalisées

Il existe différentes façons d’apporter des choses positives à la communauté. La doctoresse Khuât Thi Haï Oanh a choisi de se consacrer entièrement aux personnes en situation de détresse sociale. Ces 10 dernières années, le Centre d'appui à l'initiative de développement communautaire (SCDI), dont elle est la directrice, a développé divers programmes de santé communautaire avec un réseau dans plus de 40 villes et provinces.
«En face d’une personne esseulée en marge de la société, les gens vont montrer des attitudes très différentes, pour la plupart indifférence ou méfiance. Oanh, elle, s’approchera d’elle et cherchera à savoir qui elle est, d’où elle vient, de quoi a-t-elle besoin?», a confié un collègue d’Oanh, qui, depuis de nombreuses années, travaille avec elle dans la construction de «Maisons communautaires» pour les personnes vulnérables.

Khuât Thi Haï Oanh est seulement au Vietnam une semaine par mois. Après plusieurs demandes infructueuses, nous avons finalement réussi à la rencontrer au Bureau du SCDI. Nous l’avons d’abord interrogée sur ce qui l’avait poussée à s’engager dans la santé communautaire, un domaine tout à fait nouveau au Vietnam à cette époque. Elle a confié : «Les médecins traitent les patients un par un. Alors qu’un bon programme de santé communautaire, une bonne politique, peuvent sauver beaucoup de gens et améliorer leur vie. Pour ces raisons, j'ai quitté l'hôpital afin de devenir responsable du programme de santé pour une ONG américaine, avec comme cibles les minorités ethniques vivant le long de la frontière vietnamo-laotienne.»


La doctoresse Khuât Thi Haï Oanh au Centre SCDI. Photo: Archives du SCDI.


La doctoresse Khuât Thi Haï Oanh (en rouge) à la troisième Conférence nationale
sur « Le sexe, la santé et la société» en 2016. 



Khuât Thi Haï Oanh à la réunion plénière de la VCSPA de 2016, consacrée aux épidémies de VIH / SIDA
au Vietnam et les questions urgentes (médicales, sociales et juridiques). Photo: Archives du SCDI.



Khuât Thi Haï Oanh au forum international sur le SIDA et la prévention du paludisme. Photo: Archives du SCDI.


Khuât Thi Haï Oanh partage ses idées sur les barrières institutionnelles et culturelles dans le règlement
des violences sexuelles au Vietnam, à Hanoi en 2016. Photo: Nguyên Viêt Cuong.



Khuât Thi Haï Oanh lors d’une réunion sur l'amélioration du programme général concernant les aspects
sanitaires de la problématique mondiale des drogues, organisée par le Conseil mondial
de la santé de l’ONU à Genève en 2016. Photo: Archives de SCDI.



Khuât Thi Haï Oanh avec ses collègues du SCDI. Photo: Nguyên Viêt Cuong.


Khuât Thi Haï Oanh (premier rang, à droite) discute avec un jeune participant à la troisième Conférence nationale
sur « Le sexe, la santé et la société ». Photo: Nguyên Viêt Cuong.

En 2001, Oanh et ses collaborateurs ont remporté une candidature pour le projet national d'évaluation du Programme de prévention et de lutte contre le SIDA, qui l'a amenée à entrer en contact avec des séropositifs, des prostituées et des toxicomanes. «Cela a créé un grand changement dans ma vie, car c'était la première fois que je comprenais vraiment ce qu’étais la discrimination.», a rappelé Oanh.

Oanh et divers groupes ont mis en place des réseaux communautaires de soutien pour les personnes infectées par le VIH, afin de surmonter la peur et les préjugés et améliorer la possibilité d'accès au traitement par les ARV (Antirétroviraux). Oanh a non seulement aidé les personnes infectées à accéder aux soins de santé mais a également conseillé régulièrement le gouvernement sur les meilleurs politiques à mettre en œuvre. En reconnaissance de ses contributions, le Forum économique mondial a reconnu Oanh comme «Jeune leader mondial de l’année 2009».

En 2010, elle a fondé le Centre d'appui à l'initiative de développement communautaire (SCDI), une organisation à but non lucratif et non gouvernementale axée sur la délégation de droits et la création d'environnements favorables pour que les personnes défavorisées puissent vivre une vie normale comme les autres et contribuer à la société.

«Les sujets sont des personnes vulnérables, des prostituées, des drogués, des homosexuels, des transsexuels et leurs proches», a confié Oanh.

Le dernier cours pour les « travailleurs du sexe », le terme utilisé par le SCDI pour remplacer le mot «prostituées», a été organisé conjointement par le SCDI et Binh Minh Dêm («Aube de nuit»). Il a porté sur 12 sujets, dont des exercices pour renforcer l’estime de soi, les fondamentaux sur le VIH / SIDA...

Outre les travailleurs du sexe, le SCDI a également fourni un soutien opérationnel ainsi qu'une assistance financière et technique aux réseaux communautaires pour appuyer les  drogués, les homosexuels, les transsexuels et même leurs enfants, les prisonniers et orphelins. Les membres du réseau sont des organisations qui dépendent des communautés locales, permettant ainsi la présence d'organisations communautaires dans le cadre du SCDI dans plus de 40 provinces et villes du pays.


Khuât Thi Haï Oanh, des groupes communautaires et une délégation d'experts français en mission pour enquêter
sur les zones du Projet de Protection du Futur  à Hanoi. Photo: Archives du SCDI.



Khuât Thi Haï Oanh (à gauche) organisant une cérémonie de mariage pour deux membres
du VCSPA. Photo: Archives du SCDI.



Khuât Thi Haï Oanh pose avec des enfants et des collègues lors d’une mission de terrain. Photo: Archives du SCDI.


Khuât Thi Haï Oanh lors du Forum Social Civil sur la prévention du SIDA lors du rassemblement annuel
du VCSPA 2016 organisé à Ninh Binh en novembre 2016. Photo: Archives du SCDI.

En 2007, Oanh a fondé le Forum Social pour la Coopération Civile dans la Prévention et le Combat contre le Sida (VCSPA), avec la participation de près de 400 organisations communautaires à travers le pays, dont des groupes de consommateurs de drogues, de prostituées, d’homosexuels, de transsexuels. Une fois par an, tous se réunissent. «Ensemble, nous rions, parlons, pleurons... Les gens parlent du rassemblement annuel comme d’un retour à la maison ; ils s’y sentent comme en famille.», a déclaré Oanh.

Oanh et le SCDI ont changé la vie de milliers de Vietnamiens désavantagés. Elle a créé un environnement où les personnes les plus vulnérables s'expriment en toute confiance et font des contributions à la société à leur manière. Ces bons résultats lui ont donné plus d'énergie pour continuer son travail sans relâche. Immédiatement après sa rencontre avec nous, Oanh est partie à la frontière vietnamo-cambodgienne pour poursuivre le programme de lutte contre le paludisme./.
 
Texte: Thao Vy - Photos: Nguyên Viêt Cuong
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